Fela Anikulapo Kuti.

Posté par bricabraque le 30 novembre 2007

 

Fela Hildegart Ransome est sans doute un des musiciens les plus influents du XXème siècle. Ce saxophoniste hors pairs naît en 1938, dans une famille bourgeoise nigériane, très engagée.

Il mélange jazz, rythm and blues aux musiques en vogue à ce moment là au Nigeria (highlife, ju-ju) au sein de son groupe, les koolas lobitos. En 1969, sa rencontre avec une militante noire des Black Panthers, Sandra Smith, l’influence considérablement. Il change le nom de son groupe qui devient Africa 70. Il chante désormais en pidgin (l’anglais du petit peuple), et plus en yoruba, afin d’accroître son auditoire, tout cela sur fond de cuivres envoûtants, de percussions hypnotiques, d’envolées de saxophone. Il donne ainsi naissance à l’Afrobeat. Enfin, il adopte un nouveau nom, celui de Fela Anikulapo (celui qui porte la mort dans sa gibecière) Kuti (qui ne peut être tué par la main de l’homme).

Fela Kuti, cauchemard des miltiaires au pouvoir, qu’il traite de Zombie.

 

Dans ses chansons, il s’en prend aux militaires qui accaparent le pouvoir et imposent la dictature, mais dénonce aussi la collusion de ces derniers avec les grands groupes pétroliers étrangers, qui ont fait main basse sur l’or noir, ressource principale du Nigeria. Dans ITT, il lance: beaucoup de compagnies étrangères en Afrique, emportent notre pognon (…)/ Voleur Voleur International/ Ils viennent et causent la confusion, l’inflation, la corruption et l’opression.

Son aura est immense dans le pays, notamment dans les ghettos de Lagos. Ses attaques frontales contre les militaires lui valent de nombreuses arrestations. Sa résidence,la Kalakuta Republic, où il vit en roi au milieu de ses nombreuse femmes, est saccagée (sa mère, défenestrée à cette occasion, meurt peu de temps après) par les militaires, qu’il compare à des Zombies. Les Zombies qui « ne parlent pas si tu ne leurs demandes pas de parler/ qui ne pensent pas si tu ne leurs demandes pas de penser ». »Dis-lui de tuer et il tue, dis-lui de marcher droit et il marche droit ».

http://www.dailymotion.com/video1ycSlpDruYlpE84CS

 

L’audience accrue de Fela, notamment à l’étranger, pousse les autorités à faire taire cette voix rebelle à toute concession. Une fois sorti de prison, il s’exile au Ghana, d’où il est chassé, car, là bas aussi, il prend le dictateur local pour cible. Avec le retour d’un gouvernement civil au pouvoir, Fela pense pouvoir se lancer dans l’arène politique, en vain. Il passe de nombreuses années en prison (pour possession de cannabis, puis pour une affaire de corruption imaginaire), avant d’être libéré en 1986. Affaibli et malade, il s’éteint, victime du sida, en 1997.

Plus de dix ans après sa disparition, l’héritage de Fela reste immense, à commencer par ses compositions hypnotiques, qui s’étirent fréquemment au-delà du quart d’heure et qui n’ont pas pris une ride: Lady, Sorrow tears and blood, Shakara, Rofofo fight, Truth don die. D’autre part, sa soif de liberté et son combat permanent contre la corruption et la dictature forcent le respect.

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1953: Berlin-Est

Posté par bricabraque le 29 novembre 2007


Berlin, le 17 juin 1953. 

En juin 1953, quelques mois après la disparition de Staline, des révoltes ouvrières éclatent  dans de nombreuses villes est-allemandes, notamment dans la partie orientale de Berlin. Plusieurs éléments d’explication peuvent être avancés pour expliquer cette remise en cause du modèle soviétique au sein du bloc de l’Est.

 - Dans les années 1950, de nombreux quartiers de Berlin-Est sont toujours en ruine. L’importation du modèle économique stalinien engendre une pénurie des produits de consommation courante. Les files d’attente devant les magasins font très vite partie du quotidien. Cette situation se révèle particulièrement intolérable pour des populations qui constatent et envient la prospérité des secteurs occidentaux de la ville (enclaves pro-occidentales au coeur de la RDA).  D’ailleurs, près de 225 000 émigrés est-allemand tentent de s’implanter à l’ouest au cours du premier semestre de 1953 (les passages permettant la communication entre les deux parties de Berlin sont encore nombreux).

- Les exigences de planification imposée par Moscou aggravent ces conditions et suscitent le mécontentement: industrialisation à outrance, transfert autoritaire de la main d’oeuvre agricole vers les usines. Surtout,  l’URSS se livre au pillage de l’économie de la RDA (contrôle des ressourecs énergétiques, transfert de 40% des usines vers le territoire soviétique).

- Enfin, l’absence de souveraineté de la RDA, soumise aux décisions de Moscou et dirigée d’une main de fer par Walter Ulbricht, le secrétaire général du SED (le PC est-allemand), paraît particulièrement insupportable.


Les chars sont entrés dans Berlin-Est.

En 1953, les niveaux de production de la RDA restent bas. Aussi le PSE impose le relèvement de 10% des normes de productivité, sans augmentation salariale. Cette décision met le feu au poudre. Ce sont les ouvriers du bâtiment, qui travaillent sur les chantiers de la Stalinallee (avenue de 3km de long et nouvel axe majeur de Berlin Est), qui déclenchent le soulèvement.

Le 16 juin 1953, les ouvriers forment une petite délégation, en marge des organisations syndicales, récupérées par le SED. Il souhaitent rencontrer les autorités et réclament le retour aux anciennes normes de production et la diminution des prix des produits de base (la mise en place des kholkozes est-allemands, les LPG, entraîne une désorganisation de l’agriculture et le pays se trouve en situation de pénurie alimentaire en juin 1953). Mais, très vite, les revendications s’élargissent puisqu’ils exigent la tenue d’élections libres, la réunification de l’Allemagne et en appellent à la grève générale.

Le 17 juin, cette grève se transforme en révolte populaire. Près de 60 000 manifestants affrontent la police en utilisant les matériaux des chantiers comme projectils.  La radio américaine de Belin-ouest relaie les revendications des ouvriers et joue un rôle dans le développement du mouvement. Les bureaux du SED sont saccagés, des manifestants hissent le drapeau noir-rouge-or sur la porte de Brandebourg, en remplacement du drapeau rouge, ils scandent le slogan suivant: « nous sommes des travailleurs, pas des esclaves! Mettez fin au racket! Nous voulons des élections libres » (cf: R. Havemann: l’homme aliéné).

 Cette situation est bien sûr intolérable pour les soviétiques. L’état de siège est proclamé. Les chars du commandement soviétique de Berlin-est interviennent, avec l’appui de la police est-allemande. Des combats de rue font rage. Dans la soirée, la ville est sous contrôle, mais il faut attendre plusieurs jours avant que le calme ne règne vraiment.

Les chars soviétiques rentrent dans Berlin Est, afin de mâter la révolte. 

 

La répression est rude, puisque l’on compte des centaines de morts, près de 1400 arrestations (par la stasi), des déportations en URSS.

La Pravda, organe officiel du PCUS, estime qu’il s’agit d’une révolte manipulée par les services secrets occidentaux. Les émeutes entraînent l’arrestation de Beria,  successeur potentiel de Staline (voir l’article de M. Tribouilloy sur ce sujet), puis son exécution immédiate.

Les occidentaux, très en retrait dans cet épisode, reste plutôt indifférents. L’absence d’une structure solide d’encadrement à la tête des mouvement explique, en partie, son échec. En tout cas, l’URSS doit désserrer son étreinte (des aides économiques à la RDA sont décidées), car il s’agit d’une première contestation grave du modèle soviétique dans un Etat satellite. L’événement accélère encore la fuite des Allemands de l’est vers la partie occidentale de Berlin, exode que seule l’érection du mur, en août 1961, arrêtera.

http://www.dailymotion.com/video1QRMOEb4iM9n1fTgU

Un documentaire qui revient sur ces émeutes dans Berlin-Est.

Sources:

-  Boomer café, le site des fifties.

- « Le Monde contemporain » de F. Armand et F. Barthélémy, Le Seuil, Paris, 2004.

Lien: un article sur l’Allemagne dans la guerre froide sur le blog de M. Augris.

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Le coup de Prague

Posté par bricabraque le 27 novembre 2007

 

Le président Edvar Benès.

 

C’est l’Armée rouge qui délivre la Tchécoslovaquie du joug nazi, ce qui permet au gouvernement Bénès, président de
la République avant la guerre, et parti en exil à Londres, de recouvrer le pouvoir en 1945. 

La nouvelle République mêle démocratie parlementaire et planification de type socialiste, avec nationalisation des industries clefs et des banques. Les accords de Yalta sont respectés dans le pays (l’URSS ne surveillait Prague que d’un œil discret, en raison du poids politique du PC Tchécoslovaque, qui la rassure et de la situation géographique du pays, aux portes de l’  »Occident »). Le gouvernement de Front national, qui rassemble cinq partis politiques, parvient à organiser des organisations libres, qui voient la victoire du Parti Communiste Tchécoslovaque (38% des voix), bénéficiaire de la popularité du régime soviétique, libérateur du pays.   Un gouvernement de coalition, dirigé par le leader communiste Klement Gottwald, est formé.   L’aide économique américaine du plan Marshall s’adresse à toutes les nations européennes, y compris l’URSS et les Etats d’Europe de l’est. Le gouvernement tchécoslovaque accepte l’aide dans un premier temps, mais se voit contraint de la refuser par Moscou (juillet 1947). Ce veto soviétique provoque la dégradation des relations au sein de la coalition gouvernementale et illustre l’influence de l’URSS sur le pays. 

 

Gottwald à la tribune, le 25 février 1948.

 

Gottwald pressent que cette prise de position risque de lui aliéner de nombreux électeurs pour les prochaines élections, prévues pour mai 1948. Aussi, lors d’une session du Comité central du PCT (novembre 1947), il élabore, avec le soutien du Kominform, une stratégie offensive destinée à assurer la prise de pouvoir des communistes, tout en évitant les violences trop visibles. Il entend :

- s’assurer l’appui de membres des partis non communistes ;

- maintenir son audience dans son électorat populaire en multipliant les propositions démagogiques (hausses de salaires) ;

- utiliser une propagande glorifiant le fidèle allié soviétique, libérateur du pays et fidèle à la cause des slaves. La mainmise des communistes sur le ministère de l’information permet en outre accroît encore leur influence sur l’opinion publique.

- contrôler les services de sécurité (le SNB) et de police, ce qui permet d’évincer sans difficultés les éléments gênants (accusations fallacieuses, intimidations…).

  La nomination, le 13 février 1948, de commissaires de police communistes met le feu aux poudres. Les ministres non communistes du gouvernement de coalition démissionnent, espérant provoquer la chute du gouvernement et son remplacement par un autre, moins soumis aux communistes.

 

Une des manifestations orchestrées par le PCT, à Prague en février 1948.

 

En fait, ces démissions assurent à ces derniers le monopole du pouvoir. Dans le même temps, la presse communiste multiplie les accusations de trahison à l’encontre des démissionnaires et exploite l’aide matérielle soviétique (céréales). Le PCT organise des manifestations d’ouvriers armés, groupés en « milices populaires », qui sillonnent Prague et occupent les sièges des autres partis politiques. 

Le 25 février, inquiet face à la situation qui lui échappe, le président Bénès entérine la démission les démissions et forme un nouveau gouvernement, composé d’une majorité de communistes et dirigé par K. Gottwald. Jan Masaryk, le ministre des affaires étrangères, non communiste, fils du fondateur de
la République (), tombe mystérieusement d’une fenêtre le 20 mars… 
Aux élections de mai, une liste communiste unique est proposée aux électeurs. Le processus s’achève en juin 1948 avec la démission de Bénès, qui refuse de signer la nouvelle constitution. Gottwald le remplace.

La Tchécoslovaquie devient ainsi une démocratie populaire. 

stalingottwald1.jpg

Staline et Gottwald sur une affiche de propagande (analysée par M. Tribouilloy sur son blog).

 

 Conclusion : La stratégie communiste s’est avérée payante. Ils ont su aussi tirer parti de l’apathie ou des hésitations des partis modérés. En tout les cas, plus qu’un simple « coup », il s’agit d’une opération minutieusement préparée. 

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Les dissidents: Kravchenko, Sakharov, Soljenitsyne.

Posté par bricabraque le 25 novembre 2007

 

Soljenitsyne à sa libération en 1953.

 

On appelle dissidents, les personnes qui contestent, de façon plus ou moins radicale, le système communiste au nom du respect des droits de l’homme. Certains critiquent le fonctionnement bureaucratique de l’URSS et appellent à des changements partiels du système, quand d’autres remettent en cause l’idéologie communiste elle-même.

Dans le bloc soviétique, très tôt, la société est encadrée, embrigadée et la répression s’abat sur tous ceux qui ne se conforment pas au modèle, notamment les intellectuels (voir l’article sur le jdanovisme). Sous Staline, la terreur atteint son paroxysme. Le « réalisme socialiste » est imposé par la contrainte. Tous ceux qui ne se conforment pas aux décrets qui établissent les canons du « réalisme socialiste » sont réduits au silence (purges, déportations dans les camps, dénonciations publiques). Le ministère de l’intérieur et celui de la sécurité d’Etat se chargent du maintien de l’ordre.

C’est seulement à la mort de Staline et avec la déstalinisation qu’une liberté d’expression restreinte reprend ses droits. Quelques ouvrages d’énoncent alors la terreur et les crimes de l’ère stalinienne. Mais, l’article 70 du Code pénal adopté sous Khrouchtchev, fait rapidement taire ces voix dissonantes. Le délit « d’agitation ou de propagande menée dans le but de saper ou d’affaiblir le pouvoir soviétique (…) au moyen d’assertions calomnieuses dénigrant l’Etat et la société » est suffisamment flou et extensible pour réduire au silence toute forme de dissidence.

Seul les artistes qui acceptent les canons du réalisme socialiste sont tolérés.

 

Sous Brejnev, la répression frappe de nouveau les dissidents, qui sont condamnés aux travaux forcés dans les camps administrés par le Goulag ou contraints à l’exil. En 1965, deux écrivains connus sont condamnés aux travaux forcés : Andreï Siniavski, auquel on reproche ses critiques du réalisme soviétique et Yulii Daniel, auteur d’une féroce satire sur le système stalinien.

Les protestations de quelques manifestants réunis sur la place rouge, contre la répression des troupes du pacte de Varsovie, qui mâtent le printemps de Prague en août 1968, se soldent, elles aussi par des arrestations.

Les dissidents doivent donc faire preuve d’imagination pour contrer la censure et passer entre les mailles du filet. L’auto édition (samizdat)  d’œuvres littéraires, politiques ou philosophiques permet de dénoncer l’absence de liberté d’expression, la misère intellectuelle imposée par le « réalisme socialiste », mais aussi l’omniprésence bureaucratique, l’athéisme, les internements psychiatriques bref les errements du modèle soviétique. Des journaux clandestins comme
La Chronique des événements quotidiens s’inscrivent dans cette veine. Le KGB traquent ces journalistes, réduits au silence lorsqu’ils se font prendre. Des milliers de pétitions circulent aussi et sont transmises aux autorités.

Ces écrits clandestins, à l’audience non négligeable, relayés par les protestations des dissidents exilés en Occident, la pression que ce dernier fait peser sur les autorités soviétiques obligent l’URSS à garantir la liberté d’expression au sein du bloc, lors de
la Conférence d’Helsinki en 1975. Mais il ne s’agit que d’une avancée de façade, tant les arrestations et la censure persistent.

La répression s’abat tout particulièrement sur l’intelligentsia, surtout les croyants et les minorités nationales.

Après la mort de Brejnev, de réels progrès apparaissent. Revenons sur quelques figures emblématiques de la dissidence.

 

Victor Kravchenko.

 

- Victor Kravchenko, haut fonctionnaire, membre du PC, est nommé à l’ambassade soviétique à Washington pendant la seconde guerre mondiale. Il en profite pour déserter en avril 1944 et demande l’asile politique aux Etats-Unis. En 1945, il publie « I chose freedom », un violent pamphlet contre le régime stalinien, en particulier l’univers concentrationnaire administré par le Goulag.

Son ouvrage rencontre un grand succès dans le contexte de la guerre froide naissante. Il s’écoule ainsi 503000 exemplaires de la traduction française du livre sortie en 1947. Aussitôt, le parti communiste français, dont le poids politique et l’influence sont alors très grands, tente par tous les moyens de discréditer le témoignage de Kravchenko, par presse interposée.

L’hebdomadaire communiste Les lettres françaises publie le 13 novembre 1947 un article qui le présente comme un traître à la solde des services secrets américains, incapable d’avoir écrit son livre.

Kravchenko intente un procès pour diffamation au journal, qui s’ouvre à Paris en janvier 1949. Lors des audiences, les intellectuels, membres du parti ou compagnons de route, prennent fait et cause pour l’hebdomadaire et remettent en question le récit de Kravchenko. Les témoins appelés à comparaître par Kravchenko, souvent victimes des purges ou de procès truqués, sont insultés ou accusés de mensonge. Finalement Kravchenko remporte son procès.

Pour mieux connaître ce personnage et l’affaire qui porte son nom, voir le très bon article que lui consacre M. Tribouilloy.

 

Le physicien Andreï Sakharov.

- Le physicien Andreï Sakharov, à l’origine de la mise au point de l’arme nucléaire soviétique, dénonce les tentatives de réhabilitation de Staline et protestent contre la répression qui s’abat sur les dissidents sous Brejnev. Ses Réflexions sur le progrès, la coexistence et la liberté intellectuelle, parues à l’étranger en 1968, le font passer au premier plan de l’opposition au régime. Il dénonce les internements arbitraires, les camps de travail, les multiples violations des libertés fondamentales. En 1975, les autorités refusent de lui délivrer un visa pour se rendre à Oslo, pour recevoir le prix Nobel de la paix qu’il vient de recevoir. A partir de 1980, il est assigné à résidence et ne pourra retrouver sa liberté de mouvement qu’avec l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev en URSS.

- L’écrivain Alexandre Soljenitsyne est arrêté dès la fin de la seconde guerre mondiale par la police politique pour avoir critiqué Staline. Il est condamné à huit ans de travaux forcés, avant d’être assigné à résidence au Kazakhstan en 1953. Il n’est libéré qu’à la faveur de la déstalinisation en 1956, mais la censure frappe ses premiers romans, qui remportent un grand succès lors de leur publication en Occident. Il obtient même le prix Nobel de littérature en 1970.

La publication de son ouvrage L’Archipel du Goulag, en 1974, terrible dénonciation de l’univers concentrationnaire soviétique, lui vaut son expulsion d’URSS et la perte de sa nationalité. Il ne sera réhabilité qu’en 1989 et ne regagnera
la Russie qu’en 1994. Ses prises de position ultérieures, ultra-réactionnaires, ont contribué à l’isoler quelque peu (voir un article sur le blog passionnant de Pierre Assouline).

« j’ai choisi la liberté » De Victor Kravchenko.

Conclusion : il ne faut pas exagérer l’influence des dissidents. La surveillance de tous les instants qui s’abat sur les intellectuels, leur isolement et l’autocensure qu’ils s’imposent, gêne la diffusion de leurs messages. Incontestablement, c’est hors du système, en Occident que l’influence des dissidents se fait vraiment sentir et contribue à éloigner un certain nombre de compagnons de route du parti communiste (André Gluksmann par exemple en France).

Lien: un très bon film sur la terreur stalinienne « Soleil trompeur » de Nikita Mikhalkov.

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Les Sex Pistols outragent la reine.

Posté par bricabraque le 23 novembre 2007

 

La pochette de l’hymne détourné, qui fit scandale elle aussi.

C’est en 1977, alors que le Royaume uni s’apprête à fêter le jubilé d’argent de la reine Elisabeth II, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, que le groupe punk les Sex Pistols décident d’interpréter à leur manière l’hymne national God save the queen. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Sex Pistols ne ménagent pas le régime britannique et leur chanson constitue un véritable brûlot antimonarchiste.

Johnny Rotten et Sid Vicious.

D’après la chanson des Pistols, la reine, à la tête d’un « régime fasciste » , n’ »est pas un être humain« . Le titre, particulièrement irrévérencieux, dresse un portrait desépérant du Royaume uni des années 1970. De fait, le pays semble alors dans l’impasse: inflation et chômage fragilisent une société de plus en plus inégalitaire, traversée par des tensions raciales. La flambée des prix du pétrole déstabilise son industrie vieillissante. John Lydon (alias Johnny Rotten, « pourri »), le chanteur du groupe enfonce le clou en hurlant « There’s no future in England’s dreaming » (« le rêve de l’Angleterre n’a pas d’avenir »).

 http://www.dailymotion.com/video7MaNQI5cKozTN8rn3

Depuis ses débuts,le groupe géré et façonné par le manager Malcom McLaren, multiplie les provocations (saccage de chambres d’hôtels, concerts cahotiques), savamment montées en épingle par ce dernier.  Sur leur premier 45 tours, Anarchy in the UK, Rotten hurle d’un air dément « je suis un antéchrist, je suis un anarchiste/ je ne sais pas ce que je veux, mais je sais comment l’obtenir/je veux détruire les passants ».

Assumant le sobriquet de « punk » (vaurien), le groupe se place aux antipodes des hippies et n’hésite pas à recourir à la violence. Nihilistes, ils ne respectent rien et veulent être la mauvaise conscience du pays. « We’re the flowers in the dustbin/ we’re the poison in the human machine/ we’re the future, your future » (« Nous sommes les fleurs dans la poubelle/ le poison dans la machine humaine/ nous sommes l’avenir, votre avenir »), sur God save the queen.

Dès la sortie du disque, le scandale éclate: la BBC et les radios refusent de diffuser le titre, la plupart des chaînes de magasins ne commercialisent pas le 45 tours. Malgré cette censure, le succès est immédiat et les Pistols tutoient rapidement les sommets des hits-parade. La jeunesse s’identifie à Rotten et sa clique, des centaines de groupes punk se forment après avoir vu le groupe sur scène.

Pourtant, l’histoire du groupe se termine rapidement. En octobre 1978, Sid Vicious tue sa petite amie et succombe trois mois plus tard à une overdose. Au bout du compte, la couronne n’a pas vacillé et les Windsor ont survécu aux Pistols, mais ces derniers ont fait couler beaucoup d’encre et réjoui de nombreux tympans.

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CEE (1957-1992) et Euratom.

Posté par bricabraque le 23 novembre 2007

Le drapeau européen: 12 étoiles dorées sur fond bleu (12 symbole de perfection, de plénitude et d’unité)

Après l’échec de le CED, les six de la CECA décident que la relance européenne passera par la voie économique (conférence de Messine en 1955). Le 25 mars 1957, le traité de Rome institue une Communauté Economique Européenne (CEE) ou Marché Commun et une Communauté européenne de l’énergie atomique ou Euratom. Les six Etats déjà membres de la CECA signent le traité: France, RFA, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg.

La CEE se fixe comme premier objectif (terme prévu pour 1970) de supprimer les droits de douane entre les pays membres et d’établir un tarif extérieur commun (TEC). Dès 1968, l’union douanière est réalisée: les droits de douane sur les produits industriels disparaissent au sein des Six, un TEC est mis en place vis-à-vis des pays tiers. Cett union douanière permet une progression sensible des échanges des Six.

Mise en place de politiques communautaires.

Une Politique Agricole Commune (PAC) se met en place à partir de 1962, la France en sera la grande bénéficiaire (trois grands objectifs de cette PAC: garantir la sécurité des approvisionnements, assurer des prix stables aux consommateurs et un niveau de vie équitable aux agriculteurs, tout en donnant la préférence aux denrées venant de la Communauté). Longtemps, cette PAC reste la seule politique communautaire de la CEE, jusqu’à ce que soit définie une politique régionale en 1975. Le Fonds européen de développement régional (FEDER) distribuant des aides afin d’assurer le développement des régions en difficultés.

Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1995, dont l’action fut décisive dans l’élaboration de l’Acte unique.

L’approfondissement de la construction européenne.

Dès lors, la CEE entre dans une nouvelle phase d’approfondissement: l’organisation tend vers une véritable union économique avec l’élimination progressive des barrières juridiques, fiscales, administrativesexistant encore chez les Six.

En mars 1979, lesEtats de la CEE (à l’exception du RU) instituent un Système monétaire européen (SME) pour limiter la fluctuation entre les monnaies nationales. Une monnaie commune se met en place, l’ECU, mais elle reste limitée aux échanges bancaires.

Le vote de l’Acte unique, en 1986, constitue une étape décisive, équivalente au traité de Rome. Il permet la réalisation d’un grand marché unifié, le Marché unique (plus seulement une simple union douanière), sans obstacles à la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux (il devra être réalisé au plus tard le 1er janvier 1993). Il étend le traité de Rome aux domaines de la recherche et de l’environnement.

Signature du traité de Maastricht

Enfin, le traité de Maastricht signé en 1992, complète l’Acte unique et entre en vigueur en 1993. Il présente deux grands volets:

- il entend relancer la construction politique de l’Europe. Le changement de nom de l’organisation témoigne de cette ambition. Le terme « Union » décrit des liens plus solides que ceux d’une « Communauté », enfin l’adjectif restrictif « économique » disparaît. L’Union européenne remplace donc la CEE. Une citoyenneté européenne est définie.

- la mise en place d’une monnaie unique est décidée. L’ECU (qui devient « l’euro » en 1999) doit devenir la monnaie unique de l’organisation au plus tard en 1999.

Les élargissements successifs.

Deux critères essentiels doivent être remplis afin de pouvoir adhérer à la CEE: le respect de la démocratie et l’adoption des « règles » du capitalisme libéral.

Le Royaume-uni, très attaché à ses liens avec le Commonwealth refuse l’union douanière. En 1959, il fonde même l’AELE (Association européenne de libre-échange) avec le Danemark, l’Autriche, la Suisse, la Norvège, la Suède… Cette tentative est un échec et dès 1961, le RU présente sa candidature à l’admission dans le marché commun. Le général de Gaulle utilise son veto à deux reprises (1963 et 1967), car il voit cette entrée du RU dans la CEE comme celle d’un cheval de Troie des Etats-Unis. L’adhésion du RU ne devient donc effective qu’en 1973, avec celle de l’Irlande et du Danemark.

Une fois les dictatures d’extrême droite disparues, trois Etats d’Europe du sud purent entrer dans la CEE: la Grèce (1981), puis le Portugal et l’Espagne (en 1986). Le nombre de ses membres a donc doublé (les adhésions futures se feront dans le cadre de l’Union européenne).

Les institutions européennes seront évoquées dans un futur article.

Pour compléter: voir cet épisode du dessous des cartes sur l’histoire de l’Europe.

http://www.dailymotion.com/video3G1NdMeQuuhNrmnm7

 

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La Communauté Européenne de Défense (CED).

Posté par bricabraque le 22 novembre 2007

 

Affiche du PCF hostile à  la création de la CED.

 Avec le déclenchement de la guerre de Corée, l’Asie risque de basculer dans le camp soviétique. Du coup, dans le cadre de la politique d’endiguement du communisme, les Etats-Unis souhaitent réduire le coût de leur engagement en Europe et militent pour le réarment de l’Allemagne de l’ouest, pour en faire un rempart contre une possible expansion communiste en Europe. Mais, l’opinion française, cinq ans seulement après la fin du second conflit mondial, se montre très réticente.

 René Pleven, président du conseil français, pense tenir la parade en proposant en octobre 1950 la création de la Communauté Européenne de Défense (CED). Ce plan prévoit la constitution d’une armée unique européenne composée de contingents issus des pays memebres, ce qui évite la résurrction d’une armée allemande autonome.

 La CED créait donc une armée européenne intégrée, sous des commandements supranationaux, avec des institutions supranationales, calquées sur celles de la CECA (une Assemblée élue,un Conseil), financée par un budget commun. Toute agression contre un des membres de la CED entraînait aussitôt l’engagement de l’armée européenne.

 

Affiche du mouvement Paix et liberté, favorable à la CED.

En 1952, le traité de la CED est signé à Paris par six Etats, les membres de la CECA (RFA, Italie, Benelux, France). L’organisation se met à la disposition de l’Alliance atlantique, guerre froide oblige.

Les cinq partenaires de la France ratifient rapidement le traité de Paris, alors qu’un long débat traverse l’opinion française. Gaullistes et communistes se révèlent farouchement opposés à la création de la CED, mais aussi une grande parti des socialistes et des radicaux, seuls les démocrates chrétiens y sont favorables. Les opposants au projet utilisent deux arguments: la perte de la souveraineté de la France et le danger d’un réarmement allemand.

Finalement, le 30 août 1954, l’Assemblée nationale française rejette le traité. L’échec de la CED interrompt la construction politique et miliatire du vieux continent et remet en cause pour plusieurs années la conception supranationale de l’Europe.

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la CECA (18 avril 1951).

Posté par bricabraque le 21 novembre 2007

Konrad Adenauer, Jean Monnet et Robert Schuman, lors du traité de Paris qui donne naissance à la CECA.

L’Europe sort meurtrie et dévastée du second conflit mondial. Seuls les crédits américains fournis dans le cadre du plan Marshall, lui permettent de se reconstruire. Face à la menace croissante de l’URSS, les pays européens décident de s’unir afin d’hâter leur reconstruction, autour de projets économiques concrètes. En mai 1950 , le ministre des affaires étrangères français, Robert Schuman, lance le plan d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), élaboré par Jean Monnet (avec l’aide d’autres Européens : l’Italien A. De Gasperi, l’Allemand K. Adenauer).

La Belgique, les Pays Bas, le Luxembourg, l’Italie, l’Allemagne et
la France acceptent l’offre de Schuman et dessinent ainsi les contours de « l’Europe des six » ou « petite Europe ». Le traité de Paris, signé le 18 avril 1951 par ces six pays crée
la CECA.

La Grande Bretagne, très attachée à son indépendance nationale et qui entend conserver ses liens privilégiés avec le Commonwealth, refuse le plan ; tandis que les EU y sont favorables afin d’accélérer le relèvement de l’Allemagne de l’ouest.

L’objectif de la CECA est de « placer la production (…) de charbon et d’acier sous une haute autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe ». Cette haute autorité commune (installée à Luxembourg), supranationale, est indépendante des gouvernements, supervise la répartition de la production du charbon et de l’acier. Elle fixe les prix de ces deux productions, piliers de la reconstruction.

Cette organisation est une réussite. Dès 1953, la CECA devient une union douanière (suppression des droits de douanes sur le charbon et l’acier), avec la mise en place d’un tarif commun entre l’organisation et le reste du monde. Surtout, elle pose les jalons de la future CEE (qui verra le jour avec le traité de Rome en 1957).

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Tiken Jah Fakoly.

Posté par bricabraque le 18 novembre 2007

 

Tiken Jah Fakoly entouré d’enfants.

Doumbia Moussa naît dans le nord ouest de la Côte d’Ivoire en 1968. Il prend le nom de Fakoly en référence à un de ses aïeux, un des chefs de guerre de Soundiata Keita, le fondateur de l’empire Mandingue au XIIIème siècle. Il se réclame ainsi de l’héritage de la confrérie des chasseurs (qui existe depuis le VIIème siècle), à l’origine de la Charte du Mandé, un serment passé entre les chasseurs et Soundiata Keita,  l’engageant à fonder son royaume sur l’entente, l’amour, la liberté et la fraternité, par delà les différences ethniques.

 Chanteur engagé, Tiken Jah Fakoly pourfend la « Françafrique », la politique africaine de la France (voir le chapitre sur la politique étrangère de la France), qui n’hésite pas (faut-il parler au passé ?) à apporter son soutien aux régimes dictatoriaux et corrompus tant que ces derniers s’engagent à ne pas toucher aux intérêts français dans leurs pays ; ce néo-colonialisme qui a pris le relais de l’exploitation coloniale.

Sa chanson « Françafrique » dénonce : « La politique Francafriqua/c’est du blaguer tuer[…]/Pendant que nous nous battons/Ils pillent nos richesses/et se disent surpris de toujours voir l’Afrique en guerre/Ils ont brûlé le Congo, enflammé l’Angola[…]Ils cautionnent la dictature/Tout ça pour nous affamer. »  Dans « Y en a marre », il lance « Après l’abolition de l’esclavage/ils ont créé la colonisation/lorsque l’on a trouvé la solution, ils ont créé la coopération/Comme on dénonce cette situation/ils ont créé la mondialisation/Et sans expliquer la mondialisation, c’est Babylone qui nous exploite ».

 

Il refuse le regard paternaliste et condescendant des media occidentaux dès qu’ils évoquent l’Afrique. Il fustige le durcissement de la politique migratoire en Europe, particulièrement en France. Lors de son concert parisien à l’Olympia (septembre 2007), il dénonçait le recours aux tests ADN dans le cadre de la politique de regroupement familial (dans « où allez où ? », il adopte le point de vue des jeunes hommes désespérés qui tentent le tout pour le tout pour rallier l’Europe, vue comme un Eldorado, d’où la déception de nombreux immigrés une fois arrivés en France : « Un Africain à Paris »). Il dénonce le discours de Nicolas Sarkozy en visite à Dakar et la vision qu’il donne de « l’Africain », fataliste et passif,  résigné à subir la mondialisation.

La pochette du dernier disque de TJF (avec une référence évidente à la confrérie des chasseurs).Mais il réserve aussi ses critiques aux nombreux dirigeants africains corrompus. Depuis une dizaine d’années, Fakoly fustige ces dirigeants qui se maintiennent au pouvoir coûte que coûte (« Mangercratie »), la fraude électorale, mais aussi l’excision (« Non à l’excision »), les mariages arrangés (« Ayebada »), les politiques d’émigrations restrictives (« ouvrez les frontières »). Aux yeux de nombreux Ivoiriens, il est devenu le porte-parole d’une autre Afrique, démocratique, égalitaire, fraternelle.

Porte voix des opprimés, lui qui se déclare « en guerre permanente contre l’injustice et l’inégalité », il trouve dans le reggae le courant musical idéal pour porter son message. Musique de lutte et de rébellion, « le reggae dit ce que les autres musiques ne disent pas ».

http://www.dailymotion.com/videox178zo

Il milite pour une unité africaine, la réconciliation des Ivoiriens. « A partir de 2000, le combat politique est devenu très agressif. On est passé de l’ivoirité à un nationalisme exacerbé. […] Une guerre religieuse en Côte d’Ivoire, je pense que c’et vraiment n’importe quoi. » Il s’engage de plus en plus dans le mouvement alter mondialiste et se prononce pour l’annulation de la dette des pays africain. TJF est aussi le président de Toloni, une association pour le développement de l’éducation et de la scolarisation.

Image de prévisualisation YouTube

 

Son militantisme et ses messages dérangent, au point qu’il a du s’exiler à Bamako, après l’assassinat d’un de ses amis (le comédien Camara H). Lui-même a reçu des menaces de mort. Désormais, il attend beaucoup des élections qui doivent se tenir en Côte d’Ivoire en 2008, en espérant qu’elles soient réellement démocratiques. D’ici là, TJF continue de creuser son sillon, persuadé que « la musique est l’arme du futur », comme le disait le grand Fela Kuti.

Lien: le site officiel du chanteur.

- Pour compléter, regardez cet épisode du dessous des cartes, qui revient sur l’histoire de la Côte d’Ivoire, afin de mieux comprendre les problèmes actuels auquel le pays est confronté:

http://www.dailymotion.com/video6myQZuaV2573RgMsx

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Jeux Olympiques et politique.

Posté par bricabraque le 16 novembre 2007

Jesse Owen triomphe lors des JO de Berlin et ridiculise les théories hitlériennes.

L’exceptionnelle couverture médiatique des JO, leur universalité, font de ces derniers une cible parfaite afin d’assurer un écho maximal à toute action, notamment politique :

- Hitler entend se servir des JO, organisés à Berlin en 1936, comme outils de propagande. La prétendue supériorité de la « race aryenne » devrait donc être confirmée par les performances des athlètes allemands. Les 4 médailles d’or remportées par Jesse Owen, athlète noir américain, ridiculisent au contraire les théories racistes du führer qui quitte la tribune d’honneur dépité et refuse de serrer la main du vainqueur.

- En 1968, à Mexico, les deux sprinters américains Tommie Smith et John Carlos protestent contre la ségrégation raciale qui continue de sévir aux EU. Lors de la remise des médailles, ils brandissent le poing ganté de noir, tête baissée, à la manière du Black Power. L’image fait le tour du monde et souligne le rôle primordial que joue désormais la télévision.

Tommie Smith et John Carlos protestent contre la situation raciale dans leur pays.

- Lors des Jeux de Munich, le 5 septembre 1972, en pleine nuit, un commando de terroristes palestiniens, le groupe Septembre noir, pénètrent dans le village olympique et prend en otage les membres de l’équipe israélienne. Ils réclament la libération de 200 Palestiniens, emprisonnés en Israël. Cette prise d’otages se solde par un massacre (11 morts Israéliens, 5 terroristes et un policier allemand) et souligne l’incompétence du service de sécurité et de la police allemande, complètement dépassés par les événements.

* Autre moyen de protester ou de dénoncer une situation politique contestée, le boycott :

- L’Union soviétique ne participe que très tardivement aux JO (première participation à Helsinki en 1952), préférant organiser ses propres épreuves sportives dans le cadre des Spartakiades.

- dans le contexte de la guerre froide, les deux Grands n’hésitent pas à boycotter les JO, si ils se tiennent dans le camp adverse. Ainsi en 1980, afin de protester contre l’invasion soviétique en Afghanistan, le président Carter refuse la participation des EU aux Jeux organisés à Moscou. Une soixante d’autre pays du bloc de l’ouest refusent aussi de se rendre en URSS, ce qui décrédibilise en grande partie la compétition.

Quatre ans plus tard, c’est au tour des Soviétiques et d’une quinzaine de pays socialistes de boycotter les Jeux de Los Angeles (la Chine envoie en revanche des athlètes).

Commando palestinien « Septembre noir », en 1972, à Munich.

* Le boycott constitue une autre forme de protestation :

- après un événement marquant: l’Egypte, le Liban et l’Irak boudent les JO de Melbourne,en 1956, afin de dénoncer l’occupation franco-britannique du canal de Suez. L’Espagne franquiste, la Suisse renoncent aux jeux pour protester contre la répression soviétique en Hongrie.

* L’organisation des JO offre une visibilité internationale exceptionnelle et permet au pays d’accueil de se mettre en valeur : l’Allemagne nazie entend utiliser les Jeux comme une vitrine du régime ; l’URSS espérait beaucoup de la réception des Jeux en 1980 sur son territoire, le boycott occidental l’affecte ainsi particulièrement.

Affiche anarchiste hostile aux JO de Moscou.

* Dans un contexte de rivalités exacerbées, la compétition sportive devient parfois très rude. Ainsi, au cours de la guerre froide, la suprématie sportive devient un enjeu très important, car elle est susceptible d’illustrer la supériorité d’un modèle.

Le décompte des médailles dépasse donc la simple compétition sportive (les Soviétiques triomphent en 1956, 1960, 1972, 1976, 1988 ; les Américains occupent la première place en 1964 et 1968).

Les épreuves sportives opposant directement les deux Grands constituent ainsi des moments forts. En 1972, à Munich, l’équipe de basket soviétique met un terme à l’invincibilité américaine dans la discipline qui durait depuis 1936. Dépité et en colère contre l’arbitrage, les Américains refusent la médaille d’argent.

Victoire américaine sur les Soviétiques lors des JO d’hiver de Lake Placid en 1980

 

Les résultats des deux Allemagne sont également observés avec une attention particulière (en 1972, à Munich,
la RDA devance le frère ennemi sur son propre territoire ; RDA=20, RFA=13). Pour le régime castriste, les succès des sportifs cubains prouvent l’efficacité de sa politique éducative et sanitaire.

En 1952, la Yougoslavie de Tito l’emporte 3 à 1 face à l’ombrageux « grand frère » soviétique lors d’un match de football, preuve de la supériorité du titisme sur le stalinisme pour les Yougoslaves.

Afin de distancer l’adversaire, le recours au dopage n’est pas exclu (de lourds soupçons pèsent sur les nageuses est-allemandes par exemple dont la carrure laisse perplexe ; les athlètes chinois).

A Helsinki, en 1952, la construction de deux villages olympiques distincts pour les membres des deux blocs est l’illustration de la bipolarisation du monde.

Trois ans après la chute du mur de Berlin, les Jeux de Barcelone, en 1992, apparaissent comme ceux de la réconciliation internationale: une seule équipe allemande, la réintégration de l’Afrique du sud.

* La participation d’une nation revêt parfois une grande importance symbolique. Israël participe pour la première fois aux épreuves en 1952. Le CIO, avant l’ONU, reconnaît la Chine populaire qui envoie une délégation d’athlètes à Helsinki (1952), ce qui provoque aussitôt le retrait de Taiwan (la Chine de Mao ne participe pas aux Jeux suivants par choix idéologique).

Avec la décolonisation, les pays africains font leur entrée dans le mouvement olympique lors des JO de Rome en 1960.

Les athlètes palestiniens défilent derrière leur drapeau à Athènes en 2004.

* L’exclusion des Jeux, au contraire, stigmatise un Etat jugé indigne de participer à ce moment théoriquement fédérateur. L’Allemagne et le Japon sont absents des Jeux de Londres en 1948 après le conflit mondial. A Tokyo, en 1964, le CIO exclut l’Afrique du sud à cause de l’apartheid (lors des jeux de 1968, 1972 et 1976 de nombreux pays africains boycottent les JO pour protester contre l’apartheid).

 

* Si le sport peut être en avance sur la géopolitique, il ne faut pas exagérer ce phénomène. Contrairement aux espoirs de beaucoup, les JO organisés en Corée du sud en 1988 ne permettent pas la présentation d’une seule équipe coréenne, réunissant Coréens du nord et du sud. Le Nicaragua, Cuba, l’Ethiopie et la Corée du nord boudent ainsi ces jeux.

De la même manière, les protestations de reporters sans frontières, qui dénoncent les atteintes aux droits de l’Homme, n’empêchent pas le choix de la Chine comme pays d’accueil des Jeux en 2008.

Affiche de reporters sans frontières dénonçant les violations des droits de l’homme en Chine.

Reste que, comme le disaient les sociologues, Norbert Elias et Eric Dunning, « les Jeux olympiques permettent aux représentants des différentes nations de s’affronter sans s’entre-tuer. »

Liens:

- Tibet et JO sur le blog.

- Un article de la revue regards sur l’est: « les guerres olympiques de l’URSS« .

- Un TPE original sur « l’olympisme« .

- La principale source de ce post: un article de Pascal Boniface, paru dans le Monde diplomatique.

- Les riches archives de Radio Canada avec de courts extraits videos ou audios: « Regards sur les JO« .

- Le site officiel du Comité International Olympique.

- Un point sur le film de Spielberg (Munich) consacré à la traque du groupe septembre noir après la tuerie de Munich, en 1972.

- Un bel article d’élèves de Terminale sur le blog de M. Tribouilloy.

- Jeux olympiques et guerre froide sur le blog de Louis Brun.

Publié dans 1968, approfondir, guerre froide / relations internationales, sport | 2 Commentaires »