Liens utiles sur l’Asie orientale

Posté par bricabraque le 31 décembre 2007

 

Image satellite de la baie de Tokyo.

 

- Organigramme sur l’aire de puissance.

- Un Croquis sur le site de l’Académie de Bordeaux et un autre sur celui de M. Guiet. Ce dernier propose aussi un schéma sur « l’envol des oies sauvages« .

- Carte interactive sur le site d’éducation de France 5.

- De nombreux articles consacrés à l’Asie orientale sur le blog de M. Augris. 

- Les principaux ports de l’aire de puissance.

- Une animation du Monde sur les points chauds en Asie du nord-est.

- Les organisations de coopération en Asie en 2007 (cartothèque science-po). 

- Des photographies de Shanghai et son port en pein essor, sur le site de Stéphane Compoint.

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1967: le festival de Monterey et l’apogée du rock psychédélique.

Posté par bricabraque le 27 décembre 2007

Jimi Hendrix immole sa guitare lors de son concert à Monterey.

Lire une version approfondie de l’article sur Lire-Ecouter-Voir.

Depuis 1965, le quartier d’Haight-Ashbury à San Francisco est devenu un centre d’attraction essentiel. Des milliers de jeunes américains, en rupture avec les valeurs de leurs parents, affluent dans ce quartier. Ils rejettent la société consumériste qui domine dans tous les pays capitalistes, dénoncent l’impérialisme américain, à commencer par l’intervention au Vietnam, de plus en plus massive. Ils aspirent à d’autres choses et veulent connaître de nouveaux horizons. A ce titre, les voyages sont célébrés :

 

Le sitariste Ravi Shankar en plein effort.

* voyages vers l’Asie, dont les civilisations et les valeurs spirituelles ancestrales fascinent. Nombreux sont les jeunes occidentaux à tenter le voyage en Inde ou au Népal. En 1968, les Beatles se rendent en Inde afin d’apprendre la méditation transcendantale auprès du Maharishi Mahesh Yogi.

* voyages intérieurs aussi grâce à la consommation  de substances hallucinogènes capables d’altérer la conscience et les perceptions, notamment le LSD. Le message est clair, « everybody must get stoned » (« tout le monde doit se défoncer ») comme l’ordonne Dylan. De fait, lors des rassemblements de hippies, une grande partie de l’assistance se trouve sous LSD (trip).

Affiche du festival.

* voyages sonores enfin. Le rock psychédélisme ambitionne, à son tour, de faire planer l’auditoire en utilisant toutes les possibilités offertes par l’électrification des instruments, mais en recourant aussi aux jeux d’ombres et de lumières sur scène (light show). Le bien nommé acid rock, en plein essor, se caractérise ainsi par :

- la longueur des morceaux, qui s’affranchissent du cadre étriqué de la chanson rock standard, qui excède rarement les trois minutes (en lien aussi avec le format 45 tours). Les titres du Grateful Dead, par exemple, s’épanouissent souvent au-delà des vingt minutes, particulièrement sur scène où ils se lancent dans de riches improvisations.

George Harrison et Ravi Shankar.

- l’utilisation d’instruments rares ou exotiques : sitars  et tablas indiens (le guitariste des Beatles George Harrison fait de nombreux émules en utilisant le sitar dont il apprend à jouer auprès de Ravi Shankar), cruche utilisée par le Thirteen Floor Elevators.

- saturation des instruments, qui permet l’altération des sons, la distorsion, recours à la pédale wah wah ou au fuzz. La perception des notes est modifiée comme la conscience lors d’un trip. Tout ce tient… Hendrix utilise constamment ces procédés afin de produire des sons évocateurs (son morceau Machine gun où on croit entendre des crépitements d’armes).

Jefferson Airplane lors d’un light show.

Les « enfants fleurs » se réunissent bientôt pour écouter les groupes d’acid rock. En janvier 1967, 30 000 spectateurs protestent dans le Golden Gate Park de San Francisco contre la récente interdiction du LSD et écoutent à cette occasion Janis Joplin, Grateful Dead ou encore le Quicksilver Messenger Service. Lors de ces « Human be-in », les participants doivent se libérer et repousser toute forme d’inhibition (amour libre, consommation de drogues et de produits macrobiotiques).

Le festival pop de Monterey, en juin 1967, constitue le premier véritable festival de musique tel qu’on les conçoit aujourd’hui avec une billetterie, la vente de produits dérivés (alimentation macrobiotique à l’époque, achat de fripes) et la succession des groupes sur scène.

Pour les observateurs de l’époque, deux ans avant Woodstock, ce festival de Monterey s’avère bien supérieur musicalement au premier, malgré une notoriété moindre. Pendant « trois jours de paix, de musique et d’amour », du 16 au 18 juin 1967, il réunit 40 000 personnes dans un champ à 180 km au sud de San Francisco. Les images de Pennebaker, qui filme le festival, révèlent une atmosphère bon enfant entre les participants, souvent défoncés à l’acide.

Le producteur et un des membres du groupe californien des Mama’s and the Papa’s sont à l’origine du projet, organisé pour aider des associations caritatives. Il n’en coûte qu’un dollar pour écouter de la musique debout. L’affiche rassemble de nombreux groupes phares du moment : les Mama’s and the Papa’s bien sûr ; les folkeux Simon and Garfunkel ; le sitariste indien Ravi Shankar, seul musicien payé, qui demande à une assistance médusée de ne pas fumer pendant ses 3heures de raga ; les Who qui fracassent leurs instruments sur scène au grand dam du public ; le Canned Heat et les Byrds, tous deux dans un jour sans ; Scott Mckenzie, auteur de l’hymne hippie « San Francisco ».

Surtout, le festival consacre le triomphe du Frisco sound, la scène rock psychédélique de San Francisco en plein essor, avec la présence de quatre groupes phares :

- Country Joe and the Fish menés par le “hippie rouge” Country Joe. Ce provocateur né fait scander FUCK aux foules présentes à Woodstock, afin de protester contre l’envoi toujours plus massif de GI’s au Vietnam.

- Le Grateful Dead (« Le mort reconnaissant ») de Jerry Garcia qui se lance dans des improvisations planantes qui subjuguent l’auditoire.

- Le Jefferson Airplane, auteur d’un White rabbit d’anthologie, compte rendu musical d’un trip digne d’ « Alice au pays des merveilles » de Carroll. Tandis que Somebody to love reste un de leurs plus grands succès.

http://www.dailymotion.com/videox2y04z

Le ball and chain déchirant de Janis Joplin à Monterey. 

- Enfin, le Big Brother and the Holding company mené par Janis Joplin, une jeune texane écorchée vive qui hurle le blues et entre en communion avec le public auquel elle se livre totalement, comme l’atteste le Ball and Chain d’exception qu’elle interprète à Monterey. La prestation de Joplin représente un des sommets du rassemblement.

http://www.dailymotion.com/videox379c8

Hendrix dans ses oeuvres: wild thing en l’occurence..

Deux autres quasi-inconnus (en tout cas pour un public blanc californien) sont consacrés à Monterey.

- Jimie Hendrix, le guitariste prodige, embrase sa guitare stratocaster après avoir mis le public à ses pieds.

- Otis Redding, soulman à la voix chaude et puissante, dont l’énergie se communique à un public déchaîné.

http://www.dailymotion.com/videoxuc1x

Big O interprète ici i’ve been loving you too long.

Ces trois révélations connaîtront des morts brutales et précoces.

- Redding meurt en novembre 1967 dans l’accident de son avion (son rêve d’atteindre le sommet des classements est atteint un mois plus tard, à titre posthume donc, avec son Dock of the bay).

- Joplin et Hendrix, qui brûlaient tous deux la vie par les deux bouts, décèdent des suites d’overdoses en 1970.

Le doux Summer of love de 1967 est bien loin, mais l’héritage culturel laissé par cette scène foisonnante, bien vivant.

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Harlem cultural festival.

Posté par bricabraque le 26 décembre 2007

 

Affiche du Harlem Cultural festival.

 

Le Harlem cultural festival rassemble 100 000 spectateurs au nord de Central Park, à New York (devant une audience presque exclusivement noire). L’entrée est gratuite, le service d’ordre assuré par les membres des Black Panthers. Les concerts s’étalent sur six dimanches après-midi de la fin juin à la fin août 1969 et rassemblent tout ce que la musique populaire noire américaine compte de meilleur :

-         Côté gospel, la prodigieuse Mahalia Jackson et la famille Staples au grand complet ;

-         Le truculent B.B. King, dont la guitare « pleure » le blues ;

-         Le jazz n’est pas en reste avec le batteur Max Roach et la chanteuse Abbey Lincoln ;

Stevie Wonder au Harlem Cultural Festival (HCF).

-         Soul music bien sûr avec de nombreux représentants du label Motown de Detroit, notamment Gladys Knight and the pips et Stevie Wonder ; mais aussi le funk de Sly Stone and the family Stone et le grand James Brown (ces deux derniers ne sont pas crédités sur l’affiche)

-         Enfin, l’inclassable Nina Simone, dont la prestation éblouit le public.

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Crée à l’initiative d’un producteur de télévision, l’événement est sponsorisé par Maxwell House Coffee et la ville de New York. Son maire, John Lindsay, présent, est d’ailleurs présenté comme le « soul brother aux yeux bleus ». A ses côtés, Jesse Jackson, incontournable figure du mouvement des droits civiques, qui poursuit le combat pour que cesse les discriminations.

Jesse Jackson lors du festival.

 

Filmés professionnellement, ces concerts de musique noire n’intéressent pas les chaînes américaines qui refusent d’acheter les nombreuses heures mises en boîte. La faible médiatisation du festival explique l’oubli qui recouvre bientôt l’événement, quand, au même moment, et à quelques centaines de km de là, le festival de Woodstock bénéficie d’un retentissement énorme. D’ailleurs, certains observateurs réduisent injustement ce festival à un simple « Woodstock noir ».

D’après le documentariste Norman Neville, chargé de réaliser un film sur le festival grâce aux riches archives : « On voit le basculement des générations. A l’opposé du concert de Wattstax qui était kitsch et funky, très seventies. Ici, c’est différent, on sent la tension entre la soul et le funk, entre les partisans de la désobéissance civique et ceux du Black Power, et en même temps la tension au cœur de Harlem. »

Tout au long des concerts, les artistes multiplient les messages d’espoir ou de lutte à destination d’une population afro-américaine éprouvée par les assassinats de ses hérauts et de ses soutiens (Malcom X en 1965, puis de nombreux membres des Black Panthers, Martin Luther King et Robert Kennedy en 1968…) et impatients face à la lenteur des changements annoncés par Sam Cooke (« A change is gonna come »), dès le début des 1960′s.

Les prodigieux Staples singers au HCF.

Ainsi, Roebuck Staples, chanteur de ces inlassables militants que sont les Staples singers lance : « Vous irez chercher un boulot, et on ne vous le donnera pas. Et vous savez pourquoi. Mais maintenant vous avez une éducation. Nous pouvons exiger ce que nous voulons. (…) Alors, allez à l’école (…). Et qui sait ? Il y a du changement et vous pourriez devenir le président des Etats-Unis. » Il se place ici dans la tradition d’un Booker T. Washington, pour qui l’intégration se gagne individuellement, grâce à l’éducation.

 

Nina Simone.

 

Lors du festival, musique et politique sont indissociables comme le prouve la prestation éblouissante de Nina Simone. L’artiste, elle aussi très engagée dans la lutte en faveur des droits civiques, adhère au concept de négritude et incite l’auditoire à redresser la tête après des années d’humiliation. A l’issue de son concert, elle lit un poème de David Nelson. Elle scande: « Are you ready Black people? Are you ready to do what is necessary to do? », après avoir célébré les forces vives de cette communauté “young, gifted and black” prête à revendiquer les droits dont elle fut privée jusque là ou d’avoir dénoncé les discriminations persistantes dans son « Baclash blues ».

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Espérons que cette célébration de la richesse artistique afro-américaine connaisse une meilleure médiatisation, avec la sortie prévue d’un documentaire, consacré à cet événement oublié.

Sources:

- Le site Harlem eye.

- Le mensuel Musiq du mois de décembre 2007.

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Stax et le triomphe du Memphis sound.

Posté par bricabraque le 24 décembre 2007

Rufus Thomas et le jeune Elvis Presley.

Memphis, grande ville portuaire sur le Mississippi, constitue dès le XIXème siècle un carrefour essentiel (ferroviaire, fluvial, routier), permettant d’assurer l’essor du commerce et de la transformation du coton et du bois, activités reines de la ville.

Sa situation intermédiaire entre le sud rural et ségrégué et le nord industrieux. Elle constitue aussi un passage obligé pour les populations afro-américaines affranchies qui partent à l’assaut des métropoles industrieuses du nord (Chicago, Detroit). La ville compte à peu près autant de noirs que de blancs au lendemain de la seconde guerre mondiale. Les brassages des populations sont donc une tradition dans la capitale du Tennesse. Ce qui explique aussi la richesse de l’héritage culturel de la cité qui s’illustre, ou est à l’origine, des grands courants musicaux américains.

Pendant la seconde partie des années 1920, Memphis devient un des premiers lieux d’enregistrement du blues naissant (W.C. Handy, considéré comme le père du blues est de Memphis), les bluesmen du Delta y viennent en nombre pour s’y faire enregistrer par les défricheurs de talents envoyés par l’industrie du disque implantée dans les métropoles du nord.

 

W.C. Handy.

Furry Lewis, Skip James, Mississippi John Hurt, Bukka White, Memphis Slim, pour ne citer que les plus illustres, fréquentent assidûment Beale Street. Après 1945, d’autres figures majeures du blues s’illustrent dans la ville à l’instar de l’harmoniciste Sonny Boy Williamson et du prodige de la guitare qu’est B.B. King.

 

L’immense Al Green.

 

Mais du début des années 1950 à la fin des années 1970, Memphis reste l’un des épicentres de la musique populaire américaine, abritant des labels ou des studios « qui scellèrent la rencontre des bluesmen du Mississippi, du gospel local et des jeunes musiciens blancs suburbains », selon Florent Mazzoleni :

- Sun Records de Sam Philips, qui découvre le jeune Elvis Presley, un blanc qui chante comme un noir, qui pose les premiers jalons du rock’n’roll naissant

- Hi records de Willie Mitchell qui produit durant toutes les années 1970 une soul particulièrement originale autour de quelques artistes phares : le sensuel Al Green et sa voix surnaturelle, Syl Johnson, Ann Peebles, O.V. Wright. Tous s’appuient sur un groupe de musiciens hors-pairs : le Hi-rythm.

- Le label Stax qui fait l’objet de cet article.

Janis Joplin en visite chez Stax, Carla et Rufus Thomas à sa droite.

- L’American recordings studio, qui produit la crème de la scène musicale de Memphis et d’ailleurs, forme une véritable machine à tube, pour les Box Tops, Dusty Springfield, Elvis Presley…

Ces trois studios ou labels s’appuient sur une exceptionnelle section de cuivres, le Memphis Horn, composée de Blancs et de Noirs, qui donne cette touche si originale aux enregistrements de ces trois hauts lieux du rythm’n’blues.

En 1957, Jim Stewart, jeune employé de banque effacé et sa sœur Estelle Axton s’associent pour fonder un petit label nommé Satellite. Stewart cherche avant tout à travailler dans la musique, mais rien ne le prédispose à s’intéresser aux musiques noires. Ils s’installent bientôt au sud de Memphis, dans un ancien cinéma qu’ils reconvertissent en studio d’enregistrement. Les habitants du quartier, curieux viennent rapidement proposer leurs services à l’instar de Rufus Thomas, vétéran du rythm’n’blues, ancien de Sun, touche à tout truculent et ardent partisan de la lutte pour les droits civiques. Aidé de sa fille Carla, il offre ses premier succès au label qui s’appelle bientôt STAX (les deux premières lettres des noms des fondateurs).

 

Estelle Axton et Jim Stewart, fondateurs de Stax.

 

Memphis est alors une ville profondément ségrégée. Le maire Crump monopolise le pouvoir municipal pendant près de quarante ans et maintient une ségrégation implacable sur la ville. Jusqu’en 1971, la municipalité préfère fermer les piscines en pleine canicule estivale, plutôt que de laisser Noirs et Blancs ensemble.

Or, au sein d’un Memphis cloisonné, un petit miracle ce produit, Stax constitue un havre de paix où la couleur de peau ne compte pas. Booker T. and the MG’s, la section rythmique maison qui joue sur la plupart des grands succès du label jusqu’en 1969 et qui lui donne son identité musicale se compose de deux Noirs (l’organiste Booket. T. Jones, le batteur Al Jackson) et deux Blancs (le guitariste Steve Cropper et le bassiste Donald Duck Dunn). Les musiciens vivent ensemble, travaillent ensemble, sans anicroches.

Les talents affluent rapidement à McLemore Avenue, notamment les jeunes noirs du quartier qui viennent tenter leur chance. Rapidement donc, Stax devient un label qui se spécialise dans une soul profondément marquée par les héritages du blues et du gospel. Une alchimie parfaite se créée entre la colossale section rythmique (surtout la batterie métronomique d’Al Jackson et les finesses de Cropper) et les cuivres incendiaires du Memphis Horn.

Booker T. and the MG’s.

Le catalogue du Label devient impressionnant, puisque STAX compte dans ses rangs William Bell, le fantasque Rufus Thomas et  sa fille Carla, Sam and Dave, un duo infernal qui met le feu aux planches en concert, le trop méconnu Eddie Floyd, pourtant interprète du hit « knock on wood », Johnnie Taylor, le bluesman Albert King…

Surtout, STAX s’est trouvé un héros en la personne d’Otis Redding qui enchaîne les succès (« respect », « i’ve been loving you too long »), taillés sur mesure par deux compositeurs inspirés, David Porter et Isaac Hayes. Enfin, l’arrivée d’un deejay de Washington, Al Bell, commercial surdoué permet de faire de STAX une véritable usine à tube, qui fait de Memphis « Soulville USA », capable de rivaliser avecla Tamla Motown de Detroit, antre d’une soul plus sophistiquée.

Otis  Redding.

http://www.dailymotion.com/videox2y09x

Otis Redding met le feu aux poudres à Monterey en 1967.

Plus rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension fulgurante du label, qui parvient à conquérir les faveurs des auditeurs blancs. Otis Redding emporte d’ailleurs l’adhésion des foules du festival de Monterey, où il se produit en juillet 1967, devant un parterre pourtant peu familier de cette soul sudiste. Mais,  la disparition de Redding et de son groupe les Bar-Kays dans un accident d’avion en décembre 1967, ouvre une année noire pour le label. Le lâchage d’Atlantic, qui commercialisait les disques du label et détenait tous les droits des enregistrements de STAX, laisse celui-ci sur la paille.

Le contexte sociale pèse aussi de plus en plus sur la vie du label, dont les membres avaient l’habitude de se reposer dans le Lorraine Motel voisin. Martin Luther King, venu soutenir les éboueurs de la ville engagés dans une très longue grève, est assassiné dans ce même Lorraine Motel, le 4 avril 1968. Les émeutes qui suivent mettent le feu à la ville (à tous les sens du terme).
La Garde nationale et les tanks sillonnent Memphis.

 

Manifestations dans Memphis après l’assassinat de  Martin Luther King.

Pour Al Bell, « l’impact de cet assassinat a été immense. Nous étions au cœur d’une communauté noire, une entreprise intégrée au sein d’une ville où les problèmes raciaux étaient à leur paroxysme ». L’assassinat jette des éléments de suspicion au sein du label et terni les relations entre Blancs et Noirs. Quelque chose se brise avec l’assassinat du Dr King. 

 

Le doctor King vient d’être tué sur le balcon du Lorraine Motel. 

Jim Stewart s’efface progressivement au profit d’Al Bell qui entend rapprocher le label des combats des Afro-américains. Il remplace l’ancien logo par celui du « doigt qui claque », référence évidente au poing levé du Black Power. Il fait signer les Staple Singers, un groupe familial de gospel très engagé dans la lutte des Noirs et intimes de Martin Luther King. Il met en avant le chanteur compositeur Isaac Hayes, qui devient une véritable icône de la communauté afro-américaine, auteur de la bande origine du film blaxploitation Shaft (pour laquelle il reçoit un oscar) et « Black Moses » (le Moïse noir) pour les besoins d’un album.

 

Isaac Hayes, le black Moses. 

 Avec Bell, STAX s’oriente dans de nouvelles directions (le cinéma, le sport), mais perd au passage une partie de son âme et ce développement tous azimut commence à peser dangereusement sur les finances du label. Les anciens quittent le navire : la co-fondatrice Estelle Axton, Booker T. and the MG’s explose, miné par des querelles intestines… Les ventes ne faiblissent pas pour autant et les nouvelles recrues tirent leur épingle du jeu : les Soul Children et leur soul sirupeuse, Luther Ingram, The Dramatics, The Emotions.

 

Al Bell et Jesse Jackson lors du concert Wattstax.

Rufus Thomas

Al Bell réussit enfin un gros coup en organisant dans un stade de Los Angeles, le festival Wattstax en 1972, véritable « Woodstock noir ». Sept ans plus tôt, le 11 août 1965, le quartier noir de Watts, au centre sud de L.A. s’était embrasé après un contrôle policier abusif. Après l’intervention de 15 000 hommes de la garde nationale, on compte 34 morts, plus de 1000 blessés et 4 000 arrestations.

Afin de commémorer ces événements douloureux et pour redonner de la fierté à une communauté noire éprouvée, Bell parvient à attirer 100 000 spectateurs au Los Angeles Coliseum (prix d’entrée 1 dollar).

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Quelques moments forts émaillent ce festival, notamment le prêche ( « I am somebody » : « je suis quelqu’un » ) du révérend Jesse Jackson, fidèle de Luther King et futur candidat aux présidentielles américaines pour le parti démocrate ou encore la prestation irrésistible du « plus vielle adolescent du monde », le vétéran Rufus Thomas, tout de rose vêtu.

STAX  fête ses cinquantes ans d’existence.

. La petite entreprise familiale des débuts cède la place à une grosse entreprise, difficile à gérer et de plus en plus mal fréquentée. Des caïds fréquentent bientôt le label et y dictent la loi. La mauvaise gestion et le lâchage du label par ses créanciers entraînent la fermeture en 1975. Le studio d’enregistrement, désaffecté, sera détruit quelques années plus tard. Mais en 2003, la municipalité de Memphis, flairant le bon coup, reconstruit à l’identique le studio transformé en musée de la soul. 

 Sources:

- « Sweet soul music » de Peter Guralnick.

- Le livret du DVD: »Stax, respect yourself_ Stax records story », sorti à l’occasion du cinquentnaire du label. - « Memphis, aux racines du rock et de la soul » de Florent Mazzoleni, au Castor Astral.

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Les procès français contre les criminels de guerre.

Posté par bricabraque le 21 décembre 2007

La cour d’assises de la Gironde juge Maurice Papon, dernier Français accusé de crimes contre l’humanité sous Vichy. L’ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde a apporté son « concours actif » à l’arrestation et à la déportation de plus de 1500 juifs.Caricature de Plantu

La notion de crime contre l’humanité apparaît dans les statuts fondant le tribunal de Nuremberg en 1945. Elle ne vise alors que les puissances de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon). Or, une loi française de 1964 déclare imprescriptibles les crimes contre l’humanité et permet l’organisation de plusieurs procès retentissants dans l’hexagone, qui visent les criminels de guerre nazis ou leurs complices zélés (les crimes de guerre sont prescrits au bout de trente ans dans le droit français).

 

A l’occasion du cinquante-troisième anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv’, Jacques Chirac reconnaît « les fautes commises par l’Etat » dans la déportation des juifs de France durant la seconde guerre mondiale.

Ces procès sont portés de bout en bout par les associations de victimes (l’association des fils et filles de déportés de Serge Klarsfeld notamment), relayées par la presse d’investigation. Pendant très longtemps, les responsables politiques et la justice traînent des pieds. Jusqu’au discours du Vel’ d’Hiv’ prononcé par Jacques Chirac en 1995, qui reconnaît pour la première fois la responsabilité de l’Etat à travers le gouvernement de Vichy, les plus hautes autorités de l’Etat considèrent que Vichy rompt avec la tradition républicaine et, qu’à ce titre, l’Etat français ne peut être tenu pour responsable.

En 1962, de Gaulle gracie certains responsables de la police ayant participé aux déportations. Pompidou en appelle à la « réconciliation nationale » après avoir gracié Paul Touvier (1971). Mitterrand se montre très réticent à l’idée de faire un procès Papon.

Pour Denis Salas, magistrat et co-auteur de « Barbie, Touvier, Papon, des procès pour la mémoire » (éditions Autrement), « ces trois procès (…) participent d’une gradation dans la relecture de ce passé tragique. Cette stratégie de jugement est pensée par l’Association des fils et filles de déportés, de Serge Klarsfeld qui voulait d’abord faire le procès de la gestapo, avec la mise en accusation de Barbie, puis celui de la milice avec Touvier, enfin celui de l’administration avec Papon. »

 

« La France de Vichy » de Paxton. 

Ces procès soulignent la différence de pont de vue du juriste et de l’historien. En effet, la notion de crime contre l’humanité est conçue à l’encontre des puissances de l’Axe, aussi Touvier et Papon seront « seulement » impliqués de complicité de crime contre l’humanité. Or, pour les historiens, depuis la « La France de Vichy » de Paxton, la responsabilité directe de l’Etat français dans la déportation ne fait plus aucun doute. Cette simple « complicité » explique donc le refus de quelques historiens de venir témoigner à ces procès (Henry Rousso par exemple). Pour le droit français, le complice est assimilé à l’auteur, ce qui aplanit les difficultés. Ces procès ont une portée pédagogique puisqu’ils sont filmés, ce qui permet  de constituer des archives précieuses pour les générations à venir.

 

Barbie lors de son procès à Lyon en 1987. 

Klaus Barbie, capitaine SS et chef de la gestapo de Lyon arrête et torture Jean Moulin, en 1943, qui meurt des suites de ses blessures. En 1944, il organise l’arrestation et la déportation des 44 enfants d’Izieu vers Auschwitz (2 seulement survivent).

Récupéré après la guerre par les services spéciaux américains, Barbie se réfugie en Bolivie à partir de 1951 où il participe activement à la lutte contre la guérilla communiste.

A partir de 1972, Beate Klarsfeld établit la relation entre Klaus Altmann [nom de l’ancien rabbin de la petite ville de son enfance !] et Klaus Barbie. Il est extradé en 1983 et son procès s’ouvre à Lyon en 1987, le sulfureux Jacques Vergès assurant sa défense. Il est condamné à perpétuité pour crime contre l’humanité et meurt en prison en 1991.

Paul Touvier pendant son procès. 

Issu d’une famille savoyarde très catholique, Paul Touvier adhère à la milice en 1943 et devient chef régional de cette dernière à Lyon, un an plus tard. Il fait assassiner 7 otages juifs de Rillieux-la-Pape le 29 juin 1944, pour venger l’assassinat la veille du collaborationniste Philippe Henriot.

Condamné à mort par contumace à deux reprises après guerre, il bénéficie de soutiens actifs dans les milieux catholiques intégristes qui l’hébergent en toute discrétion dans  des couvents. Après une interminable procédure judiciaire, il est jugé en 1994 pour complicité de crime contre l’humanité et écope de la réclusion criminelle à perpétuité.

Maurice Papon lors de son procès à Bordeaux. 

Haut fonctionnaire depuis le milieu des années 1930, Maurice Papon devient secrétaire général de la préfecture de Gironde en 1942 et le reste jusqu’à la Libération. Sous la IVème et la Vème République, Papon poursuit une brillante carrière : préfet de police de Paris entre 1958 et 1962 (il organise les répressions des manifestations du 17 octobre 1961 et celle anti-OAS de Charonne le 8 février 1962) ; ministre du budget de 1978 à  1981.

Les premières plaintes de victimes sont déposées au début des années 1980, mais la procédure s’avère chaotique et ce n’est qu’en avril 1998 qu’il est condamné à 10 ans de prison pour complicité de crime contre l’humanité  (il a ordonné quatre rafles de juifs). En septembre 2002, sa peine est suspendue pour raison de santé. Il meurt en février 2007.

Enfin, Aloïs Brunner est né en 1912 dans une famille nationaliste, très antisémite, dans la partie hongroise de l’Empire autrichien. En 1931, il est admis dans la milice nazie des SA, avant de rejoindre la légion autrichienne où il rencontre Eichmann, puis la SS en 1939. A Vienne, Berlin, Salonique, Drancy, il aurait fait déporter plus de 140 000 juifs.

Il est jugé et condamné à la prison à perpétuité, le 2mars 2001, à Paris. En fuite, se cachant sans doute en Syrie (si il n’est pas déjà mort), il est donc jugé « par contumace ».

Sources:

- dossier du Monde de l’Education consacré au documentaire  »Mon meilleur ennemi ».

- Le très bon site de M. Natanson consacré à la Shoah et sa mémoire.

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La traque des nazis.

Posté par bricabraque le 20 décembre 2007

 

Manifestation demandant l’extradition de Klaus Barbie, réfugié en Bolivie.

Au lendemain de la guerre, un sentiment de vengeance prédomine dans les pays libérés, qui conduit à la tenue rapide de procès condamnant les hauts responsables nazis (procès de Nuremberg) et japonais (procès de Tokyo).

Assez vite, le contexte de guerre froide aidant, la volonté de tourner la page des années sombres l’emporte. Les mauvais souvenirs sont refoulés, les poursuites judiciaires cessent et de nombreux anciens nazis parviennent à se recycler dans
la RFA en reconstruction ou à s’éloigner discrètement vers des refuges sûrs (l’Amérique latine, le Moyen Orient) pour les plus compromis.

La mémoire du génocide entre alors aussi en sommeil et les spécificités de
la Shoah mal perçues. Seules quelques personnalités exceptionnelles font du devoir de mémoire à l’égard des victimes une priorité et considèrent la punition des criminels de guerre une priorité absolue, voire une raison de vivre.

Simon Wiesenthal (Le Monde du 22 septembre 2005).

Simon Wiesenthal survit à 12 camps de concentration ou d’extermination. A partir de la libération du camp de Mauthausen, où il était interné, par les Américains en mai 1945, il n’eut de cesse de rechercher les criminels de guerre nazis, ce qui lui vaut le surnom de « chasseur de nazis ». Un sous-officier d’un camp où Wiesenthal fut interné, lui demande un jour ce qu’il dirait des camps de concentration s’il arrivait jamais à New York. Il répond qu’il raconterait la vérité. Or, l’Allemand lui rétorque : « on ne te croira pas, on dira que tu es fou. »

Son travail consiste en fait à établir des dossiers sur tous les responsables de crimes de masse (réunissant documentation, témoignages, preuves). Une fois le criminel débusqué, il transmet le dossier à la justice des pays concernés parles exactions de ces individus. Travail colossal qu’il mène avec trente volontaires, dans le centre d’information et de documentation sur les criminels nazis (centre Wiesenthal aujourd’hui), qu’il fonde à Vienne.

 

Franz Stangl, commandant du camp d’extermination de Treblinka.

 

Sur les 90 000 fiches de bourreaux nazis qu’il établit, il réussit à en faire comparaître en justice près de 1000, dont :

- Franz Stangl, commandant du camp de Treblinka (en 1967) ;

- Karl Silberbauer (en 1963), le policier autrichien qui avait arrêté aux Pays-Bas la jeune Anne Franck ;

- Franz Novak, chargé de transférer les juifs à Auschwitz, un adjoint d’Eichmann ;

- Simon Wiesenthal contribue, avec d’autres, à l’arrestation de ce dernier. Dès 1954, il apprend qu’Eichmann vit en Argentine sous le nom de Ricardo Klement.

Poursuivis tous quatre pour crime ou complicité de crime contre l’humanité.

Eichmann lors de son procès en Israël en 1962.

Wiesenthal meurt le 20 septembre 2005, à 96ans, serein. Il affirmait encore, peu avant : « les meurtriers de masse que j’ai cherchés, je les ai trouvés. Je leur ai tous survécu. S’il y en avait que je n’ai pas cherchés, ils sont aujourd’hui trop vieux pour être poursuivis ».

Le Mossad enlève Adolf Eichmann à Buenos Aires en 1960, avant d’être jugé et pendu en Israël en 1962. Ce procès suscite une curiosité partout dans le monde et constitue un électrochoc qui active la mémoire juive, en sommeil depuis 1945.

Il n’en reste pas moins que dans les années 1960, la réhabilitation d’anciens nazis se généralise en Allemagne de l’ouest. L’accession au poste de chancelier de Kurt George Kiesinger, ancien responsable de la propagande radiophonique du Reich, couronne ce processus. Tout comme la popularité dont jouit Albert Speer après sa sortie de prison en 1966, véritable « musée vivant du nazisme ». Processus inévitable aux yeux des Klarsfeld.

Ce couple se lance, après Wiesenthal dans une double tâche herculéenne : traduire en justice les criminels nazis et leurs complices et aussi restituer l’identité des déportés juifs de France, grâce à des recherches documentaires infinies [« Le mémorial de la déportation des juifs de France, le livre référence de Serge Klarsfeld, insuffle une nouvelle vie aux 76 000 déportés des juifs de France].

 

Serge et  Beate  Klarsfeld

Alors qu’il n’a que huit ans, le père de Serge est arrêté par la gestapo, après avoir eu le temps de cacher sa famille dans une contre cloison. Il ne reviendra pas des camps. Durant toute sa jeunesse, Serge garde ce traumatisme pour lui. La rencontre avec Beate en 1960, sert de révélation. Cette Allemande, dont les parents n’étaient ni résistants ni hitlériens, épouse la nouvelle cause de Serge. Dès lors, ils font le tour du monde pour traquer les criminels, les dénoncer, militer. Ils créent l’Association des fils et filles des déportés juifs de France pour soutenir leurs actions.

Ils comprennent vite que le scandale constitue un bon moyen de pression. En 1968, Beate hurle « Kiesinger, nazi ! » en plein Bundestag, avant de le gifler quelques mois plus tard lors d’un congrès. Willie Brandt l’emporte aux élections suivantes.

Kurt George Kiesinger réconforté après avoir reçu une gifle de Beate Klarsfeld, lors d’une réunion en novembre 1968.

Ils parviennent à faire modifier les procédures d’extradition des criminels de guerre nazis ce qui permet la tenue du procès de Cologne en 1979, qui aboutit à la condamnation de Lischka, Hagen et Heinrichsohn, trois hauts responsables de la déportation juive en France.

Enfin, après le procès de Cologne, ils jouent un rôle essentiel dans ceux de Klaus Barbie (que Beate est parvenue à localiser en Bolivie dès 1971), Paul Touvier, Maurice Papon et Aloïs Brunner (voir article suivant).

Aribert Heim, dernier criminel nazi en fuite ou fantôme?

Aujourd’hui, la chasse des nazis n’est pas totalement terminée. Le centre Simon Wiesenthal de Jérusalem, dirigé par Ephraïm Zuroff, mène l’opération « Dernière chance », qui vise à traduire en justice les criminels nazis encore en vie. Elle débute en Europe de l’est (dans les pays baltes notamment) en 2002, avant d’être étendue actuellement à l’Amérique latine où le « boucher de Mauthausen », Aribert Heim, serait toujours caché. Ses moyens : des communiqués de presse, la mise en place d’un numéro vert, le versement d’une prime de 10 000 euros pour toute information sérieuse permettant l’inculpation d’un suspect. Cette opération aurait permis de retrouver la trace de plusieurs centaines de suspects.

D’anciens pays très accueillant pour les nazis en fuite, comme l’Argentine, tentent à leur tour d’identifier les derniers coupables grâce à
la Commission pour l’éclaircissement des activités des nazis en Argentine (CEANA), créée à la fin des années 1990.

Au bout du compte, il semble intéressant de souligner que cette traque reste le fait de personnalités exceptionnelles, longtemps isolées, mais pas (ou exceptionnellement) d’organisations internationales ou d’Etats concernés par les exactions des criminels de guerre.

NB: une judicieuse remarque de Lyonel Kaufman, auteur d’un remarquable site, ajouté récemment en lien, me pousse à indiquer mes sources pour les images utilisées dans les articles. Il suffit désormais de cliquer sur la légende sous les documents afin d’être renvoyé vers les sites utilisés.

Sources: Le Monde du 22 septembre 2005.

Le dossier pédagogique du CNDP sur le documentaire de France 2 « la traque des nazis (cf. liens).

La chasse aux nazis est-elle terminée?, ça m’intéresse n°290, avril 2005.

Liens utiles :

- « La traque des nazis », un très bon documentaire diffusé sur France 2.

- un entretien avec Serge et Beate Klarsfeld autour de ce documentaire.

- Dossier pédagogique mis au point par le CNDP et France 2 du documentaire.

- Une édition spéciale du Monde consacré à
la Shoah, avec notamment une interview fleuve de Serge Klarsfeld, puis
 son portrait .

- Le site du Centre Simon Wiesenthal pour l’Europe.

- « La recherche des coupables » sur le site du Mémorial de la Shoah.

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Les anciens nazis en fuite.

Posté par bricabraque le 17 décembre 2007


Les anciens nazis fuient l’Europe afin de gagner des lieux sûrs, où ils savent qu’ils ne seront pas inquiétés. La plupart s’embarquent pour le nouveau monde, notamment l’Amérique latine, où les régimes conservateurs en place n’hésitent pas à utiliser le « savoir-faire » de ces hommes dans leur chasse aux opposants.

http://1.bp.blogspot.com/_mb6hU_h-MnE/SPjffIGuNRI/AAAAAAAABn8/uqe1KuSh43U/s400/Eva+and+Juan+Peron.bmp
Le couple Peron, fit de l’Argentine un terre d’accueil sûre pour les nazis en fuite.

Juan Peron, le leader populiste argentin, fervent admirateur des fascismes européens, encourage, via ses diplomates et officiers de renseignement, les criminels de guerre nazis et fascistes à s’installer en Argentine. Dans de nombreuses missives, Monseigneur Hudal réclame à Peron des visas d’entrée pour d’anciens « soldats » allemands et autrichiens.  Grâce aux passeports fournis par la Croix Rouge Internationale de Gênes et par l’ambassade d’Argentine à Vienne, 60 000 à 80 000 Allemands, Autrichiens, Croates, Lettons trouvent refuge en Argentine dans les dix années qui suivent la Seconde Guerre Mondiale ; dont Eichmann, Mengele, Erich Priebke, assassin des fosses Adréatines, Klaus Barbie, Ante Pavelic, le führer croate, Eduard Roschmann, le « boucher de Riga », Erich Müller, proche collaborateur de Goebbels…

San Carlos de Bariloche.

Beaucoup s’installent dans la province des Misiones à la frontière avec le Paraguay et le Brésil ou au pied des Andes, dans la petite ville de San Carlos de Bariloche, véritable colonie allemande en terre argentine. 

La Bolivie, le Chili deviennent rapidement d’autres terres d’accueil pour les anciens criminels de guerre. Barbie, jusqu’à son extradition vers la France en 1983, passe trente deux ans à La Paz, où il noue des relations cordiales avec l’importante colonie allemande locale. Les dictateurs d’extrême droite qui s’imposent dans le Cône sud dans les années 1960 et 1970 utilisent l’expérience de ces anciens tortionnaires. Barbie participe ainsi au coup d’Etat de Barrientos en 1964, puis à celui de Banzer en 1971.

La communauté Dignidad au Chili.

Spécialistes de la traque et du renseignement, ils se révèlent fort utiles pour traquer les opposants communistes ou autres. Ancien SS, Paul Schaefer fonde en 1966 la communauté Dignidad, sur le versant chilien des Andes, à 350 km au sud de Santiago. Jusqu’à son démantèlement, la colonie abritait près de 300 individus sur 1500 ha. De nombreux fuyards recherchés se seraient cachés dans ses murs et elle aurait servi de centre d’entraînement pour les militaires chiliens et la DINA. Schaefer, gourou de ce qu’il faut appelé une secte, est condamné par contumace pour pédophilie, est arrêté à Buenos Aires en 2005.

 

Mengele en  1971.

Sur place, certains tentent de se faire oublier, cachés derrière des pseudos discrets. Ricardo Klement, alias Eichmann, monte une blanchisserie, puis un élevage de lapin, avant de travailler dans une succursale de Daimler Benz. D’autres passent des jours tranquilles et se cachent à peine. D’après Serge Klarsfeld, Mengele était dans l’annuaire ! Il meurt d’ailleurs de noyade au Brésil, après des séjours en Argentine et au Paraguay, sans être jamais inquiété par la justice. 

L’Amérique Latine n’est pas le seul refuge pour les anciens nazis recherchés.

Aloïs Brunner en 1943 et en 1985.

-         Le Moyen Orient servit aussi de lieu d’accueil. Aloïs Bruner, ancien secrétaire d’Eichmann et responsable du camp de Drancy, condamné par contumace à perpétuité pour crime contre l’humanité, vécut (et vit peut-être encore) en Syrie. 

-         L’Espagne franquiste accueillit le commissaire aux questions juives du gouvernement de Vichy, Louis Darquier de Pellepoix

-         Enfin d’anciens nazis ou complices parviennent à se cacher ou à se recycler dans leurs pays « d’exercice ». Paul Touvier, chef de la milice de Lyon, condamné à mort par contumace en 1945 et 1947, réussit à échapper à la justice jusqu’en 1989, profitant d’un soutien dans les milieux catholiques intégristes qui lui ouvrent leurs couvents. Que dire enfin des anciens nazis parfaitement réintégrés, à l’instar de Kurt Georg Kiesinger, chancelier de RFA de 1966 à 1969?

 

Eichmann, lors de son procès à Jérusalem en 1962.

Il faut la ténacité de « chasseurs de nazis », isolés et longtemps incompris, comme Simon Wiesenthal ou Beate et Serge Klarsfeld, pour mener à bien le devoir de justice. Avec l’arrestation d’Eichmann en 1960 et le procès retentissant qui se tient deux ans plus tard à Jérusalem, plus aucun nazi en cavale ne pourra plus dormir sur ces deux oreilles.

Liens utiles:

- la bande annonce de « Mon meilleur ennemi« , consacré au cas Barbie, le dossier pédagogique réalisé par Francis Larran et un supplément du Monde de l’éducation autour du documentaire.

A suivre. 

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Quand les nazis fuyaient l’Europe.

Posté par bricabraque le 16 décembre 2007

 

Le passeport utilisé par Eichmann pour fuir l’Europe.

 

Au lendemain de la guerre, un désir de vengeance pousse les Alliés à mener une dénazification rigoureuse  de l’Allemagne. Ainsi, le procès de Nuremberg  (article du blog de M. Tribouilloy) condamne de très hauts responsables nazis.

Mais rapidement, la paix retrouvée incite à tourner la page des années de souffrance et donc oublier les années noires. Le processus de dénazification s’enraye  ainsi rapidement. Le contexte de la guerre froide naissante accuse encore ce phénomène.

Lors d’un déplacement à Stuttgart, le secrétaire d’Etat Byrnes affirme que la période répressive de la dénazification doit s’achever.

Les hauts dignitaires nazis lors du procès de Nuremberg.

Pour contrer les Soviétiques, Truman entend, dès 1946, renforcer les services secrets américains.

Or, les Américains partent de zéro et leur connaissance de l’Armée rouge, du NKVD (l’ancêtre du KGB), restent très lacunaires. Les nazis, au contraire, espionnent les Soviétiques depuis une dizaine d’années et possèdent les informations et informateurs qui font cruellement défauts aux services de renseignement américain.

C’est la raison pour laquelle les services secrets américains en gestation (la National Intelligence Authority et le Central Intelligence Group) enrôlent d’anciens (plusieurs dizaines) tortionnaires nazis, spécialisés dans la traque et le renseignement et possédant des connaissances sur les Soviétiques.

Le général Reinhard Gehlen, qui a dirigé l’Abwehr (le service de renseignement de l’armée allemande) sur le front de l’est, met son organisation au service des EU dès juillet 1945.

Parmi les réseaux constitués par Gelhen se trouvent d’anciens SS et de
la Gestapo, comme :

- Emil Augsburg, ancien capitaine SS, expert du monde communiste, recherché pour crime de guerre en Pologne, qui travaille pour l’US Army de 1947 à 1956, puis pour les services secrets de l’Allemagne de l’ouest (BND) jusqu’en 1966.

- Le major SS Wilhelm Höttl participe à la déportation de 440 000 juifs hongrois vers Auschwitz, il est arrêté par les Américains en 1945. Sa grande connaissance du communisme de l’Europe de l’est lui permet d’être libéré en 1947 et de rejoindre le bureau du CIC de Vienne, avant d’être recruté par
la CIA.

- Klaus Barbie intègre le CIG en 1947…

Les SS (mais aussi de nombreux scientifiques allemands) réellement utiles pour les EU sont introduits clandestinement aux EU sous de fausses identités, en violation des lois sur l’immigration, grâce aux services spéciaux.

Klaus Barbie, « le boucher de Lyon ».

Beaucoup de nazis échappent aussi à la justice grâce au réseau ratline, « la route des rats », une filière organisée par les anciens nazis pour s’enfuir vers l’Amérique Latine ou le Moyen Orient, en passant par les Alpes et l’Italie. Ils utilisent les trésors de guerre amassés lors du conflit et bénéficient de nombreuses complicités ou négligences :

-Des faux papiers leurs sont fournis par des ecclésiastiques italiens, comme l’évêque catholique Alois Hudal, recteur d’un séminaire pour prêtres autrichiens et allemands à Rome, qui fournissait argent et papiers d’identité délivrés par l’organisation du Vatican pour les réfugiés. Documents utilisés pour obtenir un passeport de personne déplacée dela Croix Rouge Internationale (CRI), avant l’obtention d’un visa. La parole d’un évêque explique sans doute la légèreté des contrôles que le CRI devait effectuer avant de délivrer ces passeports. Le docteur Mengele.

Un réseau de franciscains croates, dirigé par le père Draganovic depuis le séminaire San Girolamo degli Illirici à Rome, disposant de nombreux liens en Autriche, organise l’exfiltrations de nombreux membres du mouvement fasciste croate oustachi (Ante Palovic) vers le nouveau monde, à partir du port de Gênes. Les services de renseignement américains utilisent cette filière pour exfiltrer d’anciens criminels de guerre. Un rapport déclassifié des services de renseignement américain de 1950 affirme que « Draganovic se chargeait de toutes les phases de l’opération après que les personnes soient arrivées à Rome, tels que la fourniture de documents italiens et sud-américains, visas, timbres, arrangements pour le voyage par terre ou par mer ».

Ainsi, Eichmann, organisateur de
la Solution finale, s’échappe à deux reprises de prison et bénéficie de l’aide d’un organisme clandestin d’anciens nazis qui le fait passer en Italie. Il s’y embarque, à Gênes, pour l’Argentine, grâce à un passeport au nom de Ricardo Klement, fourni par l’entremise d’un franciscain hongrois, E. Dömöter, curé d’une église de Gênes.

Barbie, devenu gênant (recherché activement par
la France ; le recrutement d’anciens criminels de guerre nazis est dénoncé à l’ONU ou au Congrès américain ;  Barbie est peu utile pour les services secrets), les Américains décident de s’en débarrasser. Grâce à un sauf-conduit provisoire au nom de Klaus Altmann délivré par les Américains, Klaus Barbie parvient à quitter l’Allemagne. A Gênes, il  bénéficie de l’aide du père Draganovic et s’embarque pour l’Amérique latine en 1951.

 

Fiche d’identité de Mengele.

Josef Mengele, le médecin SS d’Auschwitz, auteurs d’expériences médicales inhumaines sur les prisonniers du camp, Gerhardt Bohne, chargé d’organiser la politique eugéniste du IIIème Reich par Hitler, Ante Pavelitch, criminel de guerre croate, quittent l’Europe grâce à cette même filière.

Liens intéressants:

- Article de Wikipédia sur les réseaux d’exfiltrations nazis.

- « Odessa, le réseau maudit » par Sophie Laverdure, sur le site du mag’44.

- Le document de voyage d’Eichmann délivré par la Croix Rouge, sur Nouvel Obs.com.

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La Guerre froide, comme si vous y étiez.

Posté par bricabraque le 14 décembre 2007

Les historiens, en particulier américains, ont mis en ligne énormément de documents sur la guerre froide, qui permettent de comprendre « de l’intérieur » cette période où le monde sembla en permanence au bord du gouffre et de la guerre nucléaire.

(ci-dessus, des chars soviétiques et américains face à face à Checkpoint Charlie, le point de passage entre Berlin-est et Berlin-ouest en 1961)

On peut ainsi consulter la Cold war « virtual archive » avec des centaines de documents tels que ce télégramme des services secrets bulgares sur la guerre civile en Grèce, en 1948, ou encore celui de 1949 où Kim-Il-Sung demande à Staline l’autorisation de lancer la guerre de Corée

Bien sûr, il faut être un peu allumé et aimer vraiment l’histoire pour apprécier ce genre de choses, mais on peut au moins y faire un tour par curiosité; comme sur ces deux autres sites (le premier, celui de CNN, assez « fun ») et (le deuxième) regorgeant de documents.

Plus fort, les enregistrements audio pris à la Maison Blanche lors des grands événements comme la crise de Cuba (ci-dessous, une réunion de crise; on reconnaît Kennedy, au centre un peu à gauche du drapeau des E.-U., à sa droite son conseiller militaire McNamara).

Une collection tout simplement hallucinante de documents, où l’on peut entendre le général Lemay dire à Kennedy lors de la crise des missiles de 1962 « you’re in a pretty bad fix« , ce qui veut dire à peu près « vous êtes dans un sacré pétrin… »

Ou le président Johnson en 1965 plaisanter avec un sénateur puis lui raconter le dernier bombardement des B-52 au Vietnam
Ou encore cette réunion de la NASA, en 1962, où Kennedy indique que le programme Apollo doit recevoir une « top priority » pour des « international political reasons »…
Bien sûr, c’est en Anglais, mais avec des sous-titres! Et puis toutes les occasions de progresser sont bonnes à prendre… Et la curiosité, qui est tout sauf un vilain défaut, permet de surmonter bien des difficultés.

So, listen, and enjoy!

[M. Loez]

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Enfin, des fonds de carte

Posté par bricabraque le 14 décembre 2007

Régulièrement, des élèves de terminale font d’épouvantables croquis de ce style:

illisible.jpg

Ils demandent donc « un nouveau fond de carte m’sieur » pour pouvoir « le refaire ». C’est une bonne idée, mais il ne faut pas oublier qu’au Bac, il n’y aura pas de deuxième chance! Pour s’entraîner dans l’année, il faut disposer de fonds de carte. On en trouve en photocopiant certaines pages du manuel, mais aussi sur un excellent site d’un collègue de Rouen, qui comprend desfonds de carte et des cartes commentées de très bonne qualité:

Allez y faire un tour!

On trouve aussi beaucoup de choses sur un autre site à fréquenter:

Celui d’Alain Houot.

Bon travail et à vos crayons!
[M. Loez]

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