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Quelques cours à écouter sur le monde actuel

Posté par bricabraque le 14 décembre 2007

Thierry de Montbrial, historien et chercheur en relations internationales, propose des cours du CNAM à écouter en ligne sur divers aspects du monde contemporain: mondialisation, Afrique, Asie, conflits…

Une petite photo de Thierry au passage:

Quelques cours à écouter sur le monde actuel dans actualité gp-solj2

C’est lui à gauche; le barbu du milieu n’est pas n’importe qui, puisque c’est Soljenitsyne, grand écrivain et dissident soviétique, qui a contribué à réveler au monde entier l’horreur du Goulag, avant de dériver vers l’extrême-droite.

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La répression en Amérique latine: le plan condor.

Posté par bricabraque le 13 décembre 2007

La répression en Amérique latine: le plan condor. dans Amérique latine / centrale pinochet 

Pinochet, dictateur du Chili de 1973 à 1990.

 

Dans le contexte de la guerre froide, l’Amérique latine, chasse gardée traditionnelle des EU, devient un autre terrain de lutte entre les deux grands. L’administration Eisenhower assigne aux régimes latino-américains la mission de réprimer le communisme. L’accession au pouvoir de Castro à Cuba, qui se range bientôt derrière le bloc ennemi fait craindre une diffusion du communisme sur le continent.

Des dictateurs à bonne école.

 

Aussi, très tôt, les EU se chargent de la formation militaire de plusieurs milliers de latino-américains, dans le cadre de l’Ecole des Amériques, installée dans la zone américaine du canal de Panama et forment idéologiquement ces futurs cadres de l’armée.

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Alfredo Stroessner et Pinochet au Chili en 1974.

 L’école affiche clairement sa volonté de permettre la résistance des armées du sous-continent face au communisme et à tous les mouvements susceptibles de gêner leurs intérêts. De fait, la plupart des futurs dictateurs font leurs classes à l’Ecole des Amériques :

- les puschistes argentins Viola, Videla et Galtieri qui imposent un pouvoir d’une brutalité inouïe en Argentine de 1976 à 1983 (30 000 morts ou disparus);

-  Le général Pinochet qui renverse le gouvernement démocratiquement élu d’Allende et fait régner la terreur sur le Chili de 1973 à 1989 (plus de 3000 morts) et Manuel Contreras, directeur des services secrets chiliens (la Dina), instigateur principal du plan condor ;

- Somoza dont la famille impose sa dictature sur le Nicaragua jusqu’en 1979 ;

- le terrifiant Stroessner qui contrôle d’une main de fer le Paraguay durant 35 ans (1954-1989), jugé responsable de la mort de 1 000 à 3 000 opposants ;

- Hugo Banzer, qui fait de la Bolivie un pays d’accueil pour les anciens nazis traqués (Barbie notamment), de 1971 à 1978, puis Luis Meza (1980-1981)…

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Pinochet le Bolivien Hugo Banzer.

Les manuels de formation de l’école préconisent le recours à la torture, valident l’utilisation des exécutions sommaires. La détention des proches des suspects constitue, pour l’école, un bon moyen de pression. Les méthodes clandestines sont efficaces : l’enlèvement (des milliers de disparus en Argentine par exemple). Toutes pratiques qui seront généralisées par les dictatures d’extrême droite qui s’imposent au cours des années 1970 (parfois plus tôt) en Amérique latine.

Le savoir-faire français. 

D’anciens officiers français des guerres d’Algérie et d’Indochine se chargent aussi de la formation des dictateurs latino américains :

- Roger Trinquier (ancien de l’Indochine) spécialiste français de la guerre antisubversive. Il théorise la répression en zone urbaine : quadrillage, fichage, rafles, enlèvements, utilisation de la torture.

- Ancien de l’Algérie, qui a utilisé ces méthodes lors de la bataille d’Alger, Aussaresses est attaché militaire français au Brésil entre 1973 et 1975…

Le documentaire diffusé sur Canal +: « les escadrons de la mort: l’école française ».

http://www.dailymotion.com/video4fZs3SnfWt2AD5iCl

http://www.dailymotion.com/video6ZjVDf8bk0GBw5iHS

Le général argentin Cramps, chargé de la répression dans la région de Buenos Aires salue le « savoir faire » français : « Les Français ont été les premiers, les plus complets ».

Paul Aussaresses.

A partir de 1960 se tiennent les conférences des armées américaines, qui visent à échanger les informations et les renseignements sur tous les opposants politiques. Ainsi des fiches  d’informations circulent entre les différents services de renseignements.

Le plan Condor.

Au cours des années 1970 se met en place un vaste plan de répression à l’échelle du continent. Les juntes militaires au pouvoir en Argentine, au Paraguay, en Bolivie, au Chili, en Uruguay, s’engagent dans une chasse aux opposants, grâce à une étroite collaboration entre services de renseignement et en utilisant les méthodes les plus ignobles : tortures, exécutions sommaires, attentats, enlèvements. L’objectif reste d’éliminer les opposants des différentes dictatures, par delà les frontières de chaque Etat, notamment l’Argentine, asile de milliers de réfugiés originaires du cône sud.

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Manuel Contreras, chef de la Dina.

En 1974, Pinochet crée une police secrète, la Dina, chargée d’éliminer tous les opposants et dirigée par Manuel Contreras.

En novembre 1975, des responsables chiliens, argentins, uruguayens, paraguayens, boliviens et brésiliens se rassemblent à Santiago du Chili, à l’initiative de Contreras. C’est à cette occasion qu’ils « officialisent » l’existence du plan Condor. En fait, les contacts sont déjà nombreux et anciens. L’échange d’informations et les assassinats ont débuté précédemment.

Ce plan doit rester secret, car Pinochet a tôt saisi qu’il était essentiel de réprimer le plus discrètement possible.

Cela dit, plusieurs documents prouvent que la CIA et le FBI connaissent ce plan. Lors d’une visite au Chili en juin 1976, le secrétaire d’Etat américain Kissinger dénonce les violations des droits de l’homme dans un discours public, mais il assure Pinochet de son soutien en privé. Cette attitude illustre tout à fait les ambiguïtés de Washington.

Les cibles du condor.

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Le coprs de Carlos Prats.

Toutes les organisations de gauche latino-américaines rassemblées dans la Junte de coordination révolutionnaire (JCR) deviennent des cibles pour cette « internationale de la mort » qu’est le plan condor : les montoneros et l’ERP argentins, le MIR (mouvement de gauche révolutionnaire) au Chili, les Tupamaros en Uruguay, l’ELN en Bolivie.

En juillet 1975, l’opération Colombo fait 119 victimes chez les opposants chiliens du MIR, réfugiés en Argentine.

Les personnalités politiques ouvertement hostiles aux dictatures doivent être abbatues. L’ancien chef d’état major du président Allende, le général Carlos Prats et son épouse, meurent dans l’explosion de leur voiture à Buenos Aires, le 29 septembre 1974. Un terroriste américain, à la solde de la DINA, Michael Townley, est à l’origine de ces assassinats.

Le 6 octobre 1975, un ancien fascite italien, recruté par le même Townley, tire sur Bernado Leighton, ancien vice-président du Chili, et sur son épouse. Ils survivent, mais Mme Leighton reste paralysée.

Miguel Enriquez, chef du MIR chilien, meurt lors d’une fusillade fin 1974. Roberto Santucho, leader de l’ERP argentin, en juillet 1976. Début 1977, Zelmar Michelini et Hector Gutierrez, deux figures emblématiques de la démocratie uruguayenne sont retrouvés morts, près de Buenos Aires…

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Le terroriste américain M. Townley.

L’opération Condor ne se limite pas à l’Amérique latine. Des assassinats ou tentatives ont ainsi lieu en Europe (Leighton à Rome), mais aussi en Amérique du nord. L’attentat le plus spectaculaire a lieu en septembre 1976, à Washington. Orlando Letelier, ex-ministre des affaires étrangères d’Allende, et son assistante américaine meurent dans l’explosion de leur voiture à Washington (Michael Townley et des exilés cubains anti-castistes seraient dans le coup. C’est d’ailleurs l’opération de trop pour les Américains. Ce meurtre manque de « discrétion », le président Carter fraîchement élu, a fait du respect des droits de l’Homme son cheval de bataille. Il fait désormais pression sur le Chili. En août 1977, la DINA est dissoute.

L’assassinat de Letelier marque la fin du plan Condor, mais pas celle des exécutions d’opposants politiques. A partir de 1977, le plan Banzer, du nom du dictateur bolivien au pouvoir, vise à éliminer l’opposition religieuse partisane de la théorie de la libération. Des dizaines d’ecclésiastiques sont exécutés dans tout le sous-continent.

Un bilan terrifiant.

L’opération condor se solde par quelques centaines de morts. Mais les dictatures militaires sud-américaines seraient responsables d’environ 50 000 assassinés, de plus de 35 000 disparitions et quelques 400 000 prisonniers.

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Défilé des Mères de la place de Mai.

Les anciens dictateurs et leurs sbires réussissent à échapper aux poursuites judiciaires jusqu’aux années 1980 (pour l’Argentine), plus tard ailleurs. Les anciens bourreaux ont longtemps profité des lois d’amnistie mises en place lors de la transition démocratique, au grand regret des opinions publiques des pays concernés. Les Mères de la place de Mai manifestent régulièrement pour exiger du pouvoir en place de rendre des comptes concernant les milliers de personnes disparues sous la dictature. Elles seront entendues par Nestor Kirchner, élu président en 2003, qui souhaite en finir avec l’impunité. Des centaines de procès ont donc été rouverts dans tout le pays.

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Jorge Videla.

Ainsi le général Videla, condamné, vit assigné à résidence. On lui reproche notamment l’organisation de vols systématiques d’enfants de disparus, confiés en réalité aux tortionnaires de leurs parents biologiques !

Pinochet inquiété, lui aussi, à la fin de sa vie, est mort dans son lit, à l’instar de nombreux autres dictateurs comme le redoutable Stroessner, mort en exil au Brésil à 93 ans, en 2006. Bref, il reste encore beaucoup à faire.

Sources:

- Alternatives internationales n°7, mars 2003.

- Les Archives du Monde 2, n°60, avril 2005.

- Le Monde diplomatique n°90 consacré à « l’Amérique latine rebelle », en décembre 2006.

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L’Amérique latine depuis 1945.

Posté par bricabraque le 12 décembre 2007

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Le président américain George W. Bush et Lula., le chef d’Etat brésilien.  

a.      L’Amérique latine sous l’aile des Etats-Unis. 

* Depuis le XIX ème siècle, l’Amérique latine se trouve sous l’influence des EU. [la doctrine Monroe élaborée dès 1823 fait de l’A.L. la chasse gardée des EU, invitant l’Europe à rester sur le vieux continent]. 

Avec l’entrée dans la guerre froide, la protection de Washington s’accroît encore :

Dès 1945, Les États-Unis mettent en garde les militaires sud-américains    contre         le communisme, et, en 1947, le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR) place toutes les armées du sous-continent sous la tutelle de Washington. Créée en 1948, l’Organisation des États Américains (OEA) est un instrument d’action des États-Unis contre le communisme pendant la période de guerre froide en ce qu’elle organise un programme d’assistance militaire et renforce le rôle de
la CIA dans l’entraînement et l’encadrement des armées sud américaines.

  Or dans les années 1950, les dictatures se multiplient en A.L. Ces régimes autoritaires y empêchent la propagation du communisme. Ils s’appuient généralement sur les élites qui dominent ces sociétés très inégalitaires (une poignée de très grands propriétaire terriens et une multitude de paysans sans terre : cf révolution mexicaine). Les EU soutiennent les régimes dictatoriaux tant qu’ils garantissent les nombreux intérêts économiques américains (grandes firmes agroalimentaires : United fruit). En revanche,  ils renversent, indirectement, par l’intermédiaire de la CIA, les gouvernements jugés dangereux (favorables aux réformes agraires) comme au Guatemala en 1954; mais ils n’hésitent pas non plus à intervenir, directement, quand la situation leur paraît critique pour leurs intérêts.

b.      Le durcissement des dictatures.

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Fidel Castro en 1959.

* En 1959, Fidel Castro s’empare du pouvoir à Cuba et renverse Batista, l’allié de Washington. Les EU tentent alors de renverser Castro avec un blocus de l’île, une tentative de débarquement dans la baie des cochons en 1961, en vain. Entre temps, Castro glisse vers le communisme et s’allie à Moscou. Donc radicalisation des positions qui débouche sur la crise des fusées de Cuba                                        (1962). 

* Dans les 1960’s et 1970’s, les coups d’états se multiplient en A.L. Les juntes militaires qui se mettent en place, répriment les guérillas marxistes et les mouvements révolutionnaires (assassinat du Che Guevara en Bolivie en 1967).

 - En 1973, les EU participent au renversent du gouvernement chilien démocratiquement élu de Salvador Allende.
La CIA appuie le putsch du général Pinochet. 

- Les dictatures militaires s’épaulent dans la luttes contre leurs opposants de gauche : multiplication des assassinats, enlèvements, tortures (avec soutien de
la CIA : plan Condor en 1975).  

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Pinochet et Videla en 1978, dictateurs chilien et argentin.

c.       La transition démocratique.

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Hugo Chavez, le leader populiste du Venezuela.

 * Dans les 1980’s et 1990’s, les régimes militaires s’assouplissent et finissent par laisser la place à des gouvernements élus démocratiquement (fin de la guerre froide, aspirations des sociétés civiles à plus de libertés, recul de la pauvreté). 

 * De nos jours, des leaders populistes, qui prétendent parler au nom du peuple, s’imposent. Au Venezuela, Hugo Chavez dénonce l’impérialisme américain. 

* Les Etats latino-américains essaient de mettre en place une meilleure coopération économique : - mise en place d’une zone de libre échange, le MERCOSUR (1991). 

Cela dit, l’A.L. connaît des inégalités sociales extrêmes. Les plus pauvres sont les victimes de l’ouverture brutale des économies au libéralisme. En 1980, 120 millions de personnes vivaient au dessous du seuil de pauvreté ; fin 1999, elles sont environ 220 millions, soit près de 45% de la population de la population du sous-continent.

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Diaporama sur l’Europe des démocraties populaires.

Posté par bricabraque le 10 décembre 2007

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Les troupes du pacte de Varsovie interviennent à Prague, en 1968.

Téléchargez le diaporama sur l’Europe des démocraties populaires (jusqu’en 1968).

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La Musique Populaire Brésilienne défie la dictature.

Posté par bricabraque le 6 décembre 2007

La Musique Populaire Brésilienne défie la dictature. dans Amérique latine / centrale pmxestudantes

La police politique brésilienne réprime férocement  les manifestations étudiantes en 1968.

 

En 1964, un coup d’Etat militaire renverse le président Goulart (la CIA est dans le coup). C’est le début d’une dictature militaire qui ne s’achèvera qu’en 1984; un régime violent qui recourt à la censure, la répression et n’hésite pas à emprisonner, torturer, voire exécuter les opposants. Paradoxalement, les débuts de la dictature s’accompagnent d’une grande d’effervescence culturelle, notamment dans le domaine musical. 

Dès 1965, la chanson « Carcara » interprétée par Maria Bethânia défie déjà le régime : « vous pouvez m’arrêter, vous pouvez me tabasser/ vous pouvez même m’affamer/ je ne changerai pas d’opinion ».

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Le Tropicalisme chamboule la musique brésilienne.

En 1967, Gilberto Gil et Caetano Veloso lancent le mouvement Tropicalismo. Le Tropicalisme s’inspire de la « pensée anthropophage » du poète Oswald de Andrade, qui défend la transgression des genres. Sur le plan musical, le Tropicalisme entend faire exploser les conventions de la musique brésilienne, il mêle bossa-nova, musiques traditionnelles et rock’n’roll. L’heure est à l’exubérance, signe de résistance et de liberté. Veloso reprend le slogan du mai 68 parisien et clame haut et fort qu’ « il est interdit d’interdire » (E proibido proibir), il chante :  » je dis oui/ je dis non au non/ je dis qu’il est interdit d’interdire. »

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Chico Buarque et Caetano Veloso.

Lors des festivals musicaux organisés par les grandes chaînes musicales (« ère des festivals » de 1965 à 1972), ces chanteurs se font les hérauts des aspirations démocratiques. Lors du festival de la chanson de 1968, qui se déroule dans le stade Maracazinho, Geraldo Vandré présente son titre « Pra nao dizer que nao falei de flores » (« on ne pourra pas dire que je n’ai pas parlé des fleurs ») en admonestant les militaires : « Il y a des soldats armés, aimés ou non […] Des foules qui croient que les fleurs peuvent vaincre les canons. » Cette chanson de Vandré devient l’hymne repris lors des manifestations publiques.

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Manifestation des 100 000 contre la répression et la censure.

Pour protester contre le durcissement du régime et le règne de la censure, les chanteurs, sous l’impulsion de Chico Buarque, boycottent bientôt les festivals, qui finissent par disparaître.  Au Brésil, comme ailleurs, les protestations étudiantes prennent de l’ampleur en 1968 et culminent lors de la manifestation des 100 000 à Rio de Janeiro, qui s’accompagne d’une grève générale. Les étudiants fustigent la censure, les atteintes aux libertés fondamentales et aspirent au retour de la démocratie. 

Dès août 1968, la police envahit les universités de Brasilia et Belo Horizonte. Le régime se durcit encore avec la promulgation de l’Acte constitutionnel n°5, poussant à l’exil de nombreux musiciens, notamment les artistes. L’accession au pouvoir du général Emilio Garrastu Médici ouvre la période la plus dure de la dictature. L’armée traque tous les opposants, qu’elle arrête, torture et exécute parfois. C. Veloso et G. Gil sont emprisonnés dans une caserne de Rio, puis rasés par les militaires qui détestent les « chevelus », avant d’être contraints à l’exil comme beaucoup d’autres : C. Buarque se réfugie en Italie, Edu Lobo part étudier la musique en Californie, G. Vandré fuit afin d’éviter la prison.

Dans son « Aquele abraço« , Gilberto Gil chantent les adieux de celui qui part en exil: »je trace moi-même/ mon chemin en ce monde« .

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Gilberto Gil lors de son exil londonien.

De retour au Brésil, Chico Buarque mène la lutte contre la censure, par l’intermédiaire de dizaines de chansons. Sans cesse persécuté, il adopte des pseudonymes pour se protéger. Ainsi Julinho da Adelaide (Buarque en fait) compose une samba poignante, « Acorda,amor » (1974), sur le thème des disparitions et des enlèvements perpétrés par la police. S’adressant à sa femme, le protagoniste de la chanson conseille : « si je reste absent quelques mois/il convient que parfois tu souffres/ mais si dans un an je ne sui pas revenu/ mets ta robe du dimanche/ et oublie-moi. » 

A partir de 1979, le régime s’assouplit avec l’amnistie partielle des exilés et prisonniers politiques. Mais il faut attendre 1984 pour que les espoirs des opposants prennent corps avec la campagne des Diretas-Ja (« élections directes tout de suite ») pour l’élection du président de la République au suffrage universel direct. L’infatigable Chico Buarque compose deux sambas en faveur du retour de la démocratie et de l’instauration d’un véritable suffrage universel : Pelas tabelas et Vai passar

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Chico Buarque: »Apesar de você ».

L’élection du candidat de l’opposition Tancredo Neves clôt la période dictatoriale, en 1985. Tout au long de ces années de plomb, les chansons incitèrent à la résistance, à l’instar du Pesadelo (« cauchemar », en 1972) de P. C. Pinheiro et M. Tapajos: « Vous coupez un vers, j’en écris un autre/ Vous m’arrêtez vivant, je m’échappe mort/ [...] Vous utilisez la force contre moi,/ elle se retourne contre vous un autre jour ».

Pour terminer, quelques titres,beaucoup plus légers, mais irrésistibles:

-Caetano Veloso « O leazinho« ,

-Chico Buarque « Essa moça ta differente« ,

- Cartola « Preciso me encontrar« , « Minha« ,

- Seu Jorge: »Tive razao« .

Source:

- « MPB, musique populaire brésilienne », Réunion des musées nationaux, Paris, 2005.

 

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Le rapport Khrouchtchev.

Posté par bricabraque le 5 décembre 2007

Le rapport Khrouchtchev. dans Modèle soviétique/démocraties populaires congress 

Le XXème Congrès du PCUS.

 

Le XXème Congrès du PCUS s’ouvre le 14 février 1956, devant les représentants des PC du monde entier. Le 24 février, alors que le Congrès touche à sa fin, Khrouchtchev convoque les délégués soviétiques, et eux seuls, à une réunion à huis clos. Il se lance alors dans la lecture d’un rapport qu’il a rédigé peu avant (rapport Khrouchtchev), dans lequel il dénonce les crimes de Staline. Tout le bloc soviétique sort ébranlé de cette épreuve.

 

Le texte s’inspire d’un rapport de Piotr Pospelov, nommé à la tête d’une commission chargée d’enquêter sur les années 1935-1940. Rapport complet, qui revient sur les répressions de 1937-1938, qui se soldent par l’exécution de près de 700 000 personnes. Or, ces informations, compromettantes pour de nombreux dirigeants toujours en place, ne peuvent être divulguées. Khrouchtchev, exécutant de crimes de masses pendant

la Grande Terreur (1937-1938) en tant que responsable du PC pour la région de Moscou, rédige un rapport, inspiré du rapport Pospelov, « nettoyé » de tous les passages gênants pour le régime et ses dirigeants encore en poste.

 

Ce rapport Khrouchtchev ne remet pas en cause la légitimité du régime, il ne dit rien des répressions qui touchent les victimes soviétiques ordinaires : les millions de victimes de la collectivisation forcée des campagnes, de la dékoulakisation (1929-1932) ou de la grande famine en Ukraine (1932-1933). Il focalise son propos sur les seules victimes communistes des répressions staliniennes. Il évoque longuement les purges des cadres communistes en 1937-1938, déplore les épurations des cadres de l’armée (la plupart de ceux qui sont illustrés lors de la guerre d’Espagne notamment), mais passe sous silence les déportations massives dans les camps du Goulag.

 

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Khrouchtchev en 1956.

 

Malgré ces silences, le contenu du rapport fait l’effet d’une bombe, car il revient pour la première fois sur des aspects méconnus ou tus de la période stalinienne.

Surtout, monsieur K concentre ses attaques sur Staline. Il dénonce :

 

-  le culte de la personnalité de Staline, sa paranoïa maladive qui le pousse à éliminer tous ceux susceptibles de lui faire ombrage ou de fomenter un complot contre lui. Il révèle la fabrication de faux complots comme celui « des blouses blanches », qui entraîne l’élimination des médecins juifs du Kremlin, accusés de vouloir l’empoisonner (janvier 1953).

 

- les purges des cadres communistes en 1937-1938, lors de

la Grande Terreur. Sur les 139 membres du comité central du parti communiste élu en 1934, 98 ont été arrêtés et exécutés en 1938 ! Le recours systématique à la torture, physique et mentale, permet d’obtenir les aveux les plus improbables de la part des accusés. Ces pratiques font aussi l’objet des attaques de Khrouchtchev.

 

Il évoque les critiques que Lénine formule à l’encontre de Staline dans son « testament », fin 1922, ce qui constitue une révélation pour la plus grande partie de l’auditoire.

 Il défait le portrait du Staline « chef de guerre », stratège génial, dont les choix auraient permis de triompher des troupes nazies. Il pointe au contraire son incompétence et ses hésitations, auxquelles il attribue les désastres militaires de 1941 et 1942.

Il revient sur les responsabilités de Staline et Beria dans la déportation des peuples caucasiens accusés de collaboration avec l’occupant nazi (1943-1944).

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La statue de Staline à terre à Budapest en octobre 1956.

 

Ce rapport n’est pas destiné à une large diffusion. Seuls les délégués soviétiques assistent à la lecture de Khrouchtchev. Seuls les chefs des délégations communistes les plus importantes reçoivent un exemplaire du rapport (le Polonais Bierut, le Bulgare Tchervenkov, le Hongrois Rakosi, l’Allemand de l’Est Ulbricht, le Chinois Wang-Chia-hsiang, l’Italien Togliatti, le Français Thorez). Khrouchtchev prévient : « Rien ne doit transpirer à l’extérieur du Parti, en particulier dans la presse. (…) Nous ne devons pas fournir des munitions à l’ennemi. Nous ne devons pas laver notre linge sale sous ses yeux. » Mais rapidement, ce « rapport secret » est publié en Occident (juin 1956), à cause d’une fuite, sans doute
la Pologne.

 

Les conséquences immédiates de la divulgation du rapport sont immenses, aussi bien dans le bloc soviétique qu’en Occident. Poznan s’embrase en juin 1956. Afin de dissuader toute nouvelle remise en cause de la tutelle soviétique, Khrouchtchev doit reculer. Dans un texte de juin 1956, il rend un hommage au « grand théoricien et organisateur » que fut Staline.

Sources:

- Article de N. Werth, dans l’histoire n°305, janvier 2006.

- Les archives du Monde, dans le Monde 2, N°225 du 25 février 2006.

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Rock et guerre froide.

Posté par bricabraque le 4 décembre 2007

Rock et guerre froide. dans L'HISTGEOBOX / musique et politique 7 

Mick Jagger et l’ancien dissident Vaclav Havel (devenu président), en août 1990.

   Lorsque le rock and roll apparaît aux Etats-Unis, il suscite d’emblée l’incompréhension de la part des adultes, qui y voient une influence néfaste pour la jeunesse. Les déhanchements suggestifs d’Elvis Presley troublent une frange importante de l’Amérique puritaine.  Cette musique, fruit des « amours » entre country blanche et blues noir brouille également les repères d’une société encore ségrégationniste. Elvis chante comme un noir et les premiers artistes du rock sont indifféremment blancs ou noirs.  Cette musique contribue ainsi à modifier le mode de pensée de nombreux jeunes Américains.     

 Mais, dans le bloc soviétique, le rock and roll ne reçoit pas un meilleur accueil. Les autorités soviétiques considèrent la musique pop comme décadente, incarnation de la « barbarie » culturelle des Etats-Unis. Les attaques se multiplient donc contre ces courants musicaux dégénérés, susceptibles de pervertir la jeunesse du bloc de l’Est.   

L’accès aux disques de rock occidentaux reste difficile et dangereux, jusqu’à la déstalinisation en tout cas. Leur distribution reste très encadrée jusqu’à la mise en place de la Perestroika par Gorbatchev. Seules exceptions à cette règle, les disques de blues qui reflètent les difficultés d’existence des Afro-américains et donc les limites du modèle, ainsi que les artistes occidentaux (de variété en l’occurrence) amis, comme Yves Montand, qui sont diffusés sans difficultés.  

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 Pochette du « light my fire des Doors », sorti sur le label russe Melodya, en 1988.  

 Alors que la culture de masse américaine se diffuse et triomphe en Europe de l’ouest, elle subit au contraire les attaques des autorités à l’Est. En 1965, les paroles de chansons et les noms de groupes en anglais sont interdits en RDA. Très peu de groupes occidentaux obtiennent l’autorisation de se produire à l’Est.  Mais toutes ces mesures s’avèrent vaines, tant l’attrait de ces musiques interdites reste fort. Des subterfuges permettent souvent de contourner les obstacles (la radio dans les zones proches du camp occidental, le passage en fraude de disques). Des centaines de groupes de rock se forment dans le bloc communiste au cours des années 1960. Désormais, les autorités tentent de canaliser leurs activités, de les encadrer et de les censurer si nécessaire.     

  En 1985, le komsomol (la jeunesse communiste) d’Ukraine établit une liste de groupes de rock occidentaux, destinée aux responsables de boîtes de nuit (il s’agit d’une circulaire officielle). « Ci-joint une liste approximative des groupes musicaux et artistes étrangers dont le répertoire contient des compositions idéologiquement pernicieuses.  Il est bon d’en être informé pour intensifier le contrôle sur les activités des discothèques. »  Suit une liste d’artistes auxquels correspond « le type de propagande » qu’ils véhiculent. Les critères retenus laissent dubitatif, voici quelques morceaux choisis :   

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Circulaire du Komsomol déconseillant la diffusion d’artistes anglo-saxons dans les boîtes de nuit (1985).

Nom du groupe                                                                     Type de propagande   

Sex Pistols                                                                                    Punk, violence   

 Iron Maiden                                                                              Violence,obscurantisme religieux   

AC/DC                                                                                         Néofascisme, violence   

Talking Heads                                                                              Mythe de la menace militaire soviétique  

  Tina Tuner                                                                                   Sexe   

 Canned Heat                                                                                 Homosexualité  

  Julio Iglesias                                                                                 Néofascisme…      

   Progressivement la pression se relâche dans le bloc soviétique. Ainsi, les Rolling Stones se rendent à Prague peu après la « révolution de velours ». L’ancien dissident Vaclav Havel les reçoit.  A n’en pas douter les messages contestataires portés par le rock ont contribué, à leur façon, à lézarder « le rideau de fer ». 

Sources:

-  le site vinylmaniaque.com.

- La documentation photographique consacrée à la guerre froide, n°8055, « rock and roll et guerre froide », 2007.

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Printemps de Prague (été 1968) et doctrine Brejnev.

Posté par bricabraque le 4 décembre 2007

Printemps de Prague (été 1968) et doctrine Brejnev. dans Modèle soviétique/démocraties populaires Char-Prague-68

Les chars soviétiques écrasent le printemps de Prague.

Dès 1967, les intellectuels tchécoslovaques critiquent l’attitude intransigeante du secrétaire du PC tchèque, le stalinien Novotny. Bientôt ces critiques gagnent aussi la direction communiste. Novotny doit composer avec un groupe de « libéraux » menés par Alexandre Dubcek, premier secrétaire du PC slovaque. Ce dernier remplace d’ailleurs Novotny après sa démission en janvier 1968.

La situation reste préoccupante dans le pays. La déstalinisation reste très limitée et les problèmes ne manquent pas : croissance économique atone, rareté des denrées alimentaires.

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Alexander Dubcek.

Dubcek entend préserver le système soviétique, mais il se montre favorable à une démocratisation du pays et à une plus grande liberté d’expression. De nombreux Tchécoslovaques se retrouvent dans cette ligne politique, « ce socialisme à visage humain » proposé par Dubcek. Sa popularité grandit chez les ouvriers, les intellectuels, les étudiants, mais aussi chez les défenseurs de l’identité slovaque.

La nouvelle direction supprime quasiment la censure, libère les écrivains emprisonnés et réhabilite les victimes des purges staliniennes, adopte une attitude favorable à l’égard de l’Eglise, autorise les voyages à l’étranger et réforme les statuts du PC, prévoyant même le droit à l’existence de minorités contestataires (remise en cause du centralisme démocratique), la généralisation du vote secret, la limitation de la durée d’exercice des fonctions dirigeantes.

Ce printemps de Prague suscite un immense enthousiasme (surtout les étudiants) et attise la curiosité en Occident pour cette tentative de réforme, inédite dans le bloc soviétique. A Moscou, l’inquiétude grandit, dans la mesure où l’exemple de
la Tchécoslovaquie risque de contaminer rapidement toutes les autres démocraties populaires et remettre en cause la pérennité du bloc lui-même.

 

 

Aussi l’Armée rouge et les troupes du pacte de Varsovie envahissent
la Tchécoslovaquie avec quelques 300 000 hommes, 7000 chars, dans la nuit du 20 au 21 août 1968. L’occupation est rapide, d’autant plus que le gouvernement Dubcek renonce à la résistance militaire, même si les Soviétiques doivent compter avec une importante résistance passive. On dénombre 58 morts et des centaines de blessés.

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Un jeune Praguois victime de la répression soviétique.

Après avoir emprisonné l’équipe dirigeante, les Soviétiques doivent la remettre au pouvoir (26 août), mais maintiennent leur tutelle sur le pays et prolongent l’occupation militaire. Les Occidentaux assistent passifs à ces événements. Fait plutôt rare, cette intervention suscite un grand mécontentement au sein du camp communiste : la Chine, la Yougoslavie, mais aussi la Roumanie la condamnent.

Le gouvernement Dubcek ne peut poursuivre sa politique de libéralisation, mais réalise néanmoins une réforme importante en faisant de
la Tchécoslovaquie un Etat fédéral, où les Slovaques jouissent enfin d’une grande autonomie régionale (janvier 1969). Progressivement, Le remplacement de Dubcek par Gustav Husak au poste de premier secrétaire du PC tchécoslovaque (avril 1969), l’épuration du parti (500 000 exclusions), l’éviction des collaborateurs de Dubcek des fonctions dirigeantes, achèvent la normalisation.

Les conséquences de la répression du printemps de Prague :

- Les PC occidentaux connaissent une nouvelle vague de défection, ce qui conduit certains d’entre eux à s’éloigner du modèle soviétique (eurocommunisme).

 

L. Brejnev

 

- Afin de mettre un terme aux contestations qui fragilisent le bloc (Berlin 1953, Poznan 1956, Budapest 1956), Brejnev développe la « doctrine de la souveraineté limitée » ou doctrine Brejnev. Théoriquement souverains, les Etats d’Europe de l’Est sont dépendants idéologiquement du modèle imposé par Moscou. Autrement dit, la défense du socialisme passe avant celle de la souveraineté nationale, ce qui justifie le maintien sous tutelle des démocraties populaires par l’URSS.

- Encore une fois, cette répression soviétique souligne l’absence de réaction des Occidentaux  et constitue une terrible contre publicité pour le modèle communiste. Ainsi, l’immolation par le feu de Jan Palach, un jeune étudiant tchèque, émeut le monde entier et révèle  les impasses du modèle proposé par Moscou.

Sources: C. Hocq « Dictionnaire d’histoire et de géographie ».

- F. Armand et F. Barthélémy: »Le monde contemporain_ l’histoire en terminale », Seuil, Paris, 2004.

- Le petit Mourre.

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Les chars soviétiques écrasent la révolution hongroise (octobre- novembre 1956).

Posté par bricabraque le 3 décembre 2007

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Les chars du pacte de Varsovie écrase la révolution hongroise.

L’Armée rouge libère la Hongrie en 1945. Les communistes ne recueillent que 20% des suffrages lors des premières élections libres, mais s’emparent progressivement du pouvoir. La nouvelle constitution, adoptée en 1949, annonce la création d’une démocratie populaire, dont l’homme fort est le secrétaire général du PC, Matyas Rakosi, le « Staline hongrois ».

Le poids du catholicisme (comme en Pologne) et le souvenir ravivé des luttes nationales constituent deux spécificités de la Hongrie (le poète Petöfi, du milieu du XIXème siècle, est un symbole de la lutte pour l’indépendance nationale).

Les chars soviétiques écrasent la révolution hongroise (octobre- novembre 1956). dans Modèle soviétique/démocraties populaires Budapest-Staline

 

La tenue du XXème congrès du PCUS permet, comme ailleurs, une timide libéralisation du régime en Hongrie (suspension de la collectivisation, amnistie pour les condamnés du début des années 1950). Deux clans s’y opposent alors : les staliniens comme Ernö Gerö (nommé premier secrétaire du parti en juillet 1956, en remplacement de Rakosi), Andreas Hegedus (président du conseil) aux communistes « libéraux », favorables à une libéralisation du régime, tout en maintenant celui-ci dans le bloc de l’Est : Imre Nagy, Janos Kadar, Geza Losonczy. Ces derniers se prononcent pour une démocratisation partielle, seule façon de sauver les « bases de la démocratie populaire ». Imre Nagy jouit d’une grande popularité (il est le responsable de la réforme agraire lors de la libération et n’a eu de cesse de s’opposer au Stalinien Rakosi).

stalin_down dans Modèle soviétique/démocraties populaires

La statue de Staline est renversée.

 Le 23 octobre 1956, les étudiants organisent une manifestation dans Budapest, en solidarité avec le peuple polonais, durement réprimé en juin, lors des émeutes de Poznan. L’agitation prend vite de l’ampleur: les étudiants brandissent des drapeaux hongrois débarassés de la faucille et du marteau; la statue de Staline est renversée; le parlement encerclé. Ils revendiquent la tenue d’organisations libres, une liberté totale d’expression (fin de la censure qui pèse sur les journaux), la démolition du monument de Staline, une réorganisation complète de la vie économique et le retour au pouvoir de Nagy (président du conseil de 1953 à 1955).

Les ouvriers viennent bientôt grossir les rangs de la manifestation étudiante, transformant celle-ci en révolution. Les dirigeants hongrois font appel aux troupes soviétiques, stationnées dans la capitale, dans le cadre du pacte de Varsovie. Cette décision impopulaire provoque le ralliement d’une partie de l’armée hongroise aux rebelles. La loi martiale est proclamée. 6000 hommes et 150 chars pénètrent dans Budapest. Les combats font rage entre insurgés et soldats russes, soutenus par la police politique (AVH). Le 24 octobre, on recense déjà 350 morts.

Le comité central rappelle le modéré Nagy à la tête du gouvernement, ce qui permet ainsi de lui faire porter la responsabilité de l’appel aux troupes russes, alors qu’il y est opposé. Le 28 octobre, une offensive contre les bastions insurgés échoue. Le 30 octobre, le cessez-le-feu est proclamé, les Soviétiques évacuent le centre de Budapest et se replient à 30 km de l’agglomération, la police politique dissoute, tandis que la prise du siège du PC par les insurgents s’accompagne d’un lynchage de ses occupants (une cinquantaine de personnes).

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Imre Nagy.

L’anarchie politique règne, des conseils révolutionnaires se constituent dans les villes provinciales et à Budapest. Le gouvernement Nagy n’a guère de marges de manœuvre, il doit lâcher du lest et met pratiquement fin à la démocratie populaire. Le 1er novembre, Imre Nagy proclame la neutralité de
la Hongrie et son retrait du pacte de Varsovie. Beaucoup de Hongrois se persuadent que les Russes accepteraient cette « neutralisation » de
la Hongrie. Ils pensent aussi pouvoir bénéficier de l’appui des Occidentaux en cas d’une nouvelle intervention soviétique.

Or, pour les dirigeants russes, cette tentative de conquête d’indépendance nationale, est inadmissible. Les Hongrois secouent durement le glacis soviétique. Ils veulent avant tout éviter l’instauration d’une démocratie à l’occidentale, avec la tenue d’élections réellement libres, comme le réclament de nombreux Hongrois.

La répression est donc un mal nécessaire. Ils savent que les Occidentaux, trop occupés ailleurs (la crise de Suez a laissé des traces profondes), n’iraient pas déclarer la guerre à l’URSS pour sauver les Hongrois (au pire une résolution platonique des Nations Unies).

Moscou prépare ainsi « l’opération tornade », qui vise à reprendre le contrôle de Budapest et à écraser la révolution. Cette seconde intervention prend une toute autre ampleur que la précédente puisque 200 000 hommes et 2 000 chars convergent vers Budapest (ils reprennent possession de la situation le 13 novembre).

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Le bilan de la répression soviétique est lourd (près de 3000 morts).

 

Nagy se réfugie dans l’ambassade yougoslave. Janos Kadar prend la tête d’un nouveau gouvernement, « contre-révolutionnaire », qui bénéficie du soutien des Soviétiques (alors même qu’il avait soutenu jusque là toutes les décisions prises par Nagy). Dès sa sortie de l’ambassade de Yougoslavie, le 22 novembre, les Soviétiques procèdent à l’arrestation de Nagy, à son transfert en Roumanie, avant son exécution finale en juin 1958, après une parodie de procès.

Le bilan de la répression est lourd : des milliers de morts, vingt mille blessés, 20 000 arrestations, 230 condamnations à mort, tandis que près de 160 000  Hongrois se réfugient en Occident avant la fin de l’année.

L’intervention soviétique s’accompagne d’une immense vague de protestation en Occident. De nombreux communistes français rendent alors leur carte du parti et de nombreux compagnons de route rompent définitivement avec celui-ci. Sartre déclare le 8 novembre, dans l’Express « briser à regret, mais entièrement ses rapports avec les écrivains soviétiques qui ne dénonçaient pas ou ne pouvaient pas dénoncer le massacre en Hongrie ».

Kadar

Kadar.

 

Kadar règne pendant 32 ans sur le pays et met en place quelques réformes indispensables face à l’ampleur des contestations, mais reste persuadé qu’il convient de maintenir la Hongrie dans le giron soviétique.

http://www.dailymotion.com/video2KOSbrIl9KBFzfTy1

Un documentaire sur la révolte de Poznan et la révolution hongroise en 1956.

http://www.dailymotion.com/video3PwtPE5JpNXlvfTAr

Fin de l’épisode.

Sources:

- Le Petit Mourre.

- F. Armand et F. Barthélemy: »Le monde contemporain_ l’histoire en terminale », Seuil, Paris, 2004.

- Le site des fifties: Boomer café.

- Les archives du monde 2, 21 octobre 2006.

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