Cet article revient sur la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis par le biais de la photographie. Ce travail s’inspire d’un ouvrage remarquable « Freedom_ une histoire photographique de la lutte des Afro-américains ». Nous nous intéresserons dans un premier temps à la période allant de 1954 à 1963, de l’arrêt Brown vs Board of education à la veille de la Marche de Washington.
* 1954 : avec l’arrêt « Brown contre le Bureau de l’éducation » (vs Board of education), la Cour suprême déclare que la ségrégation dans les écoles est anticonstitutionnelle.

George E.C. Hayes, à gauche, Thurgood Marshall, au centre, et James M. Nabrit, les avocats qui ont mené le combat devant la Cour Suprême afin d’abolir la ségrégation dans les écoles publiques. Ils descendent les marches de cette Cour suprême à Washington, le 17 mai 1954. Ce même jour, à l’unanimité des 9 voix, la Cour suprême donne raison à la NAACP en déclarant illégale la doctrine « séparés mais égaux » qui avait justifié la ségrégation légale.
* 1955 : le 1er décembre, une militante de la NAACP, Rosa Parks, est arrêtée à Montgomery (Alabama), parce qu’elle a refusé de laisser sa place à un Blanc dans un bus.

Rosa Parks se faisant prendre les empreintes digitales après son arrestation, Montgomery, 22 février 1956.
Dans beaucoup de ville du sud, la majorité des voyageurs des bus publics sont des noirs, on les oblige pourtant à s’asseoir à l’arrière et ils doivent à la demande céder leurs sièges à des blancs. Le premier décembre 1955, Rosa Parks, une couturière, militante de la NAACP, refuse de céder sa place à un blanc. Elle est arrêtée.
* Le 5 décembre, la grande majorité des citoyens noirs de Montgomery décide de participer au boycott des bus, lancé par le Women’s Political Council et la NAACP.

Femme boycottant les bus de Montgomery, décembre 1955.
Le 5 décembre, 95% des usagers noirs des bus publics de la ville refusent de les emprunter. Ce même jour, les initiateurs du boycott fondent la Montgomery Improvment Association et élisent pour le présider un pasteur âgé de 26 ans, Martin Luther King. Un boycott illimité est décidé. De nombreux noirs sont licenciés à cause de leur participation au boycott.

L’engagement non violent de Martin Luther King doit bien sûr à l’enseignement de la Bible et à sa foi chrétienne, mais aussi aux idées de Gandhi. Agir directement, mais sans violence devient la stratégie directrice du mouvement pour les droits civiques. De toutes les manifestations, sit-ins, le doctor King se fait arrêter et emprisonner à de nombreuses reprises par les autorités.
1956 : en février, Autherine Lucy, première étudiante noire a être admise à l’université de l’Alabama, est obligée de quitter l’université après des jours d’émeutes provoquées par des étudiants blancs.

L’université d’Alabama refuse d’admettre des étudiants noirs. En février 1956, les avocats du comité de défense juridique de la NAACP, Thurgood Marshall (au centre de la photo) et Arthur Shore (à droite), obtiennent un arrêt du tribunal obligeant l’université de l’Alabama à admettre Autherine Lucy (à gauche). Mais elle doit rapidement renoncer à suivre les cours après l’intrusion de centaines de blancs vociférant « lynchez la négresse ».
* Le 13 novembre, la Cour suprême approuve la déségrégation dans les bus de Montgomery. Le boycott prend fin un mois plus tard.
* Le 11 juin 1957, Martin Luther King devient le chef de la Southern Christian Leadership Conference (SCLC).

MLK posant dans son bureau, sur le mur du fond est accroché un portrait de Gandhi, source d’inspiration constante pour King. En février 1957, à la Nouvelle Orléans, Martin Luther King, Ralph Abernathy, T. J. Jemison fondent la Southern Christian Leadership Conference. King en est élu président en octobre.
* En septembre 1957, 9 élèves noirs voulant s’inscrire au lycée de Little Rock (Arkansas) sont empêchés, pendant des semaines, d’y pénétrer. Ils sont finalement escortés par la Garde nationale fédérale.

Elizabeth Eckford devant le lycée de Little Rock, le 4 septembre 1957.
En 1997, dans un discours en hommage aux « neuf de Little Rock », le président Bill Clinton, tint les propos suivants : « Il y a quarante ans, une image a serré le cœur et troublé la conscience de notre nation, une image si puissante que la plupart de ceux qui l’ont vue alors s’en souviennent encore. Une jeune fille de 15 ans, habillée d’une robe fraîche noire et blanche, avec seulement un cahier, entourée par des tas de gens, garçons et filles, hommes et femmes, soldats et policiers. Elle garde la tête haute, regarde droit devant elle. Et elle est seule, complètement seule. Elle fut rejetée par des gens qui avaient peur du changement, qui agissaient par ignorance et qui haïssaient tout simplement ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre. L’Amérique la vit, assiégée et livrée aux sarcasmes à cause simplement de la couleur de sa peau, et cette image nous troubla au plus profond de nous même ».

Les neuf élèves de Little Rock sont escortés par la garde nationale fédérale.
1960 : en février, une vague de sit-ins pour protester contre la ségrégation dans les cafétérias commence après que 4 étudiants noirs ont demandé à être servis dans la cafétéria de Woolworth, réservée aux Blancs, à Greensboro (Caroline du nord).

Le 1er février 1960, quatre étudiants noirs entament une manifestation non violente contre la ségrégation régnant dans la cafétéria du magasin Woolworth de Greensboro. En quelques jours, des centaines d’étudiants prennent part à des sit-ins, qui gagnent bientôt de nombreuses villes du sud. De nombreux étudiants et des professeurs sont renvoyés par les administrations des universités, mais ils obtiennent finalement satisfaction, puisque la ségrégation est abolie dans le magasin Woolworth de Greensboro à l’été 1960.

Malgré la non-violence des manifestations, les participants aux sit-ins sont souvent attaqués par des Blancs en colère. D’ailleurs de jeunes blancs, hostiles à la déségrégation occupent les comptoirs de nombreux magasins pour empêcher les sit-ins.
En 1960, le batteur de jazz Max Roach, secondé par Coleman Hawkins et Abbey Lincoln sort un album engagé We insist ! Freedom Now Suite. La pochette fait ici référence aux sit-ins de Greensboro. Trois jeunes noirs, fiers et sereins, défient le photographe du regard, attendant que le serveur, tendu, ne les servent.
1960: la petite Ruby Bridges, six ans, est la première enfant afro-américaine à intégrer une école blanche en Louisiane. Devant l’hostilité des populations blanches locales, mais aussi des officiers de l’état de Louisiane, elle ne peut pénétrer dans l’établissement qu’accompagnée de maréchals fédéraux.

Le tableau de Norman Rockwell, The problem will all live with (1964), inspiré de cet épisode douloureux.
Le 15 avril 1960, le Student Nonviolent Coordinating Commitee (SNCC) est créé lors d’une réunion de la SCLC à Raleigh (Caroline du nord).

Student Nonviolent Coordinating Committee poster, about 1963
1961 : En mai, les marcheurs de la liberté (Freedom riders), des manifestants noirs et blancs, commencent à sillonner ensemble tout le Sud pour imposer la déségrégation dans les bus et les lieux publics.

http://afroamhistory.about.com/od/civilrightsmovement/ig/Civil-Rights-Movement-Photos/Freedom-Riders.htm
A Anniston et Birmingham (Alabama), les Marcheurs de la liberté sont brutalement arrêtés par des bandes de Blancs.

Un bus transportant des Freedom riders incendié, à Anniston (Alabama), le 14 mai 1961.
Depuis la fin des 1940′s, le CORE (Congress of Racial Equality) organise des actions non violentes contre la ségrégation raciale dans les bus inter-Etats. Ces « voyages de la réconciliation » rassemblent Blancs et Noirs dans les sections des bus réservés aux blancs. Quinze ans plus tard, la ségrégation dans les transports en commun étant désormais anticonstitutionnelle, le CORE met en place des « Voyages de la liberté ». A de nombreuses reprises, les « marcheurs de la liberté » sont pris à parti, harcelés, agressés. A Anniston, 200 individus arrêtent le bus crèvent ses pneus et l’incendie, tandis que les militants sont frappés. Le procureur général Robert Kennedy demanda au sénateur du Mississippi Eastland de garantir la sécurité des marcheurs de la liberté.
1962 : La Cour suprême ordonne que James Meredith soit admis à l’université du Mississippi. Des troupes fédérales l’accompagnent jusqu’à sa salle de cours.

James Meredith escorté par des officiers fédéraux afin de pouvoir s’inscrire à l’université du Mississippi, le 1er octobre 1962.
Le Mississippi reste un des états les plus opposés à la déségrégation. Or, cette politique ségrégationniste est remise en cause par le jeune James Meredith, lorsqu’il demande à être admis à l’université en 1961. Après un refus de l’administration, la Cour suprême donne raison à Meredith et impose son admission. Des officiers fédéraux ont pour mission de l’escorter. Mais JFK doit dépêcher des troupes sur l’ensemble du campus, investi par des émeutiers hostiles à l’admission du jeune noir. Le bilan des émeutes s’élève à 2 morts et des centaines de blessés. Meredith persiste et obtient son diplôme en 1963.
1963 : le 2 avril, la SCLC lance un puissant mouvement de protestation à Birmmingham (Alabama) contre la politique de ségrégation de la ville. La manifestation pacifique est brutalement réprimée par la police.

Birmingham, le 3mai 1963. Des canons à eau sont utilisés afin de disperser des manifestants pacifiques.
La ville de Birmingham (Alabama) était considérée comme un des bastions de la ségrégation raciale dans le Sud. La communauté noire de la ville (40% de la population) vivait la peur au ventre tant les brutalités et vexations quotidiennes restaient fréquentes. La situation n’était d’ailleurs pas une spécificité municipale. Ainsi, dans son discours inaugural en janvier 1963, le gouverneur de l’état, George Wallace lança en guise de programme politique: »Ségrégation aujourd’hui! Ségrégation demain! Ségrégation toujours! ».

Birmingham (Alabama), le 3 mai 1963. William gadsdan attaqué devant l’église baptiste de la 16e rue.

Birmingham, le 3mai 1963. Des canons à eau sont utilisés afin de disperser des manifestants pacifiques, dont de nombreux enfants.

Organisateur des manifestations pacifiques, Martin Luther King et ses compagnons furent arrêtés par les autorités municipales. MLK rédige à l’attention du clergé blanc local sa « lettre de la prison de Birmingham« .
Le 12 juin, un responsable de la NAACP, Medgar Evers, est assassiné devant sa maison à Jackson (Mississippi).

MLK aux funérailles de Medgar Evers.
Medgar Evers devient en 1954 le secrétaire de terrain de la NAACP du Mississippi. Il multiplie les enquêtes sur des violences racistes. Le 12 juin 1963, il est tué d’une balle dans le dos alors qu’il sort de sa voiture. Deux jurys composés de blancs refusent de condamner son assassin, malgré les preuves accablantes qui pèsent sur lui. Il faudra attendre 1994 pour que Byron de la Beckwith soit condamné et emprisonné (sur le titre que Dylan consacre à cet événement).
Sources principales:
- « Freedom_ une histoire photographique de la lutte des Afro-américains », Phaidon.

- Separate is not equal: Brown vs Board of education.
Liens:
- L’article sur La lutte pour les droits civiques en musique (1955-1964).