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Le 16 octobre 1968: Tommie Smith et John Carlos transforment le stade en arène politique.

Posté par bricabraque le 26 juillet 2008

Le 16 octobre 1968: Tommie Smith et John Carlos transforment le stade en arène politique. dans 1968 tommie_smith_john_carlos 

Philippe Artières écrit dans « 68 _ une histoire collective [1962-1981]« , ouvrage qu’il co-dirige avec Michelle Zancarini-Fournel: « Ces deux-là n’ont pas prononcé le moindre slogan et pourtant leur geste a fait le tour du monde, offrant de manière inattendue à leur cause la plus grande des tribunes; ils ont soudain, au moment où personne ne s’y attendait, transformé un événement sportif en événement politique. »

http://www.dailymotion.com/video/x5lpcc

Le 16 octobre 1968, Tommie Smith bat le record du monde du 200 mètres et remporte donc cette épreuve d’athlétisme, devançant l’Australien Peter Norman et son compatriote John Carlos.

 

Lors de la remise des médailles, ils brandissent le poing ganté de noir, tête baissée, à la manière du Black Power. En fait, les deux athlètes prennent leur décision dans les vestiaires entre la fin de l’épreuve et la remise des médailles. Smith et Carlos sont tous les deux formés à l’université de San Jose State en Californie (« Speed city »), qui rassemble les athlètes de premier plan. Ils y ont rencontré Harry Edwards, un ancien athlète, désormais professeur de sociologie, très engagé en faveur de la cause noire.


En 1967, Edwards fonde l’Olympic Project for Human Right (OPHR), dans le but d’organiser un boycottage des JO au motif que les noirs n’ont pas à gagner des médailles pour un pays qui les opprime: »Pourquoi courir à Mexico quand on doit ramper à la maison? ». De fait, les raisons de se rebeller étaient alors légions pour les Noirs américains. Carlos et Smith, par exemple, sont victimes de discriminations au sein même de Speed City (interdiction de certains cours, relégation dans des résidences de seconde zone…).

Sans être membres des Black Panthers (fondées en 1966 à Oakland), ils n’en partagent pas moins avec l’organisation une profonde colère face à la situation faite aux Noirs aux Etats-Unis. N’oublions pas que l’assassinat de Martin Luther King (MLK) en avril 1968 provoque des émeutes dans les grandes villes américaines. Pour beaucoup, le mouvement pacifique incarné par MLK a montré ses limites et il est grand temps désormais pour les Noirs américains de se défendre face aux violences policières, d’affirmer son identité, sans courber l’échine.

http://www.dailymotion.com/video/xhx5z

Les deux athlètes entendent donc apporter leur pierre à l’édifice en protestant à leur manière. Ils décident d’arborer lors de la remise des médailles un badge confectionné par l’OPHR avec le nom de l’association entouré d’une couronne de laurier. Ils décident également de brandir leurs poings gantés de noir. Ne disposant que d’une paire de gants, Smith prendra le gant droit et Carlos le gauche. L’australien Norman, quant à lui, mis au courant par les deux Américains décident de porter lui aussi un badge de l’OPHR en solidarité avec ses camarades.
Lors d’une interview accordée en 1997, Tommie Smith revient sur ce geste:”Il ne s’agit pas de saboter une cérémonie que je respecte, mais de lui donner un sens. […] Les pieds nus évoquent la pauvreté des Noirs en Amérique. Mon foulard et le collier de John Carlos rappellent les lynchages opérés dans le sud. Les poings gantés représentent la force et l’unité du peuple noir. Je conserve à la main la pousse d’olivier que l’on vient de m’offrir. L’hymne va commencer. […]”

Les athlètes sortent sous les sifflets de la foule.

Quelques jours plus tard, le 18 octobre, les Américains Lee Evans, Larry James, Ron Freeman, arrivés en tête du 400 mètres portent sur le podium le béret noir des Black Panthers en levant le poing.

1968-2 dans approfondir

Aussitôt, la presse américaine fustige les deux hommes comme des « non patriotes » et « anti-américains ». Le Comité International Olympique, dirigé par l’Américain Average, connu pour ses sorties racistes, ne décolère pas et exige de la délégation américaine l’expulsion de Smith et Carlos du village olympique. La carrière olympique de Smith et Carlos est stoppée nette. Norman, lui aussi, subit de lourdes représailles après son geste de solidarité. Ecarté des JO de Munich en 1972 (alors qu’il était le meilleur sprinter australien), il sombre dans la dépression et meurt en 2006. Smith et Carlos se rendront d’ailleurs en Australie pour porter leur camarade en terre.

image0022.1209555665 dans guerre froide / relations internationales

Quarante ans après, le geste de Smith et Carlos, de scandaleux, est devenu héroïque et tend même à éclipser les épreuves sportives de ces jeux.

 

Sources:

- Pap Ndiaye: « Les poings de la liberté », in Les Collections de l’Histoire, pp82-85, juillet-septembre 2008.

- P. Artières et M. Zancarini-Fournelle (dir): »mai 68_ une histoire collective (1962-1981) », 2008.

2 Réponses à “Le 16 octobre 1968: Tommie Smith et John Carlos transforment le stade en arène politique.”

  1. marie dit :

    Bonjour,

    Concernant la photo de Smith et Carlos aux JO 1968, je souhaite utiliser cette photo et cherche des droits d’auteur. Avez vous contacté l’éditeur ou acheter la photo quelque part ?

    Merci de me renseigner
    info@he2be.ch

  2. Belayel Patrick dit :

    Après la visite de mr Smith en Martinique, c’est le plus beau cadeaux que notre belle iles pouvait recevoir de ce grand homme qui seras toujours rappelé dans les cours et livres d’histoires non pas pour son record mondial ou sa médaille d’or du 200m mais pour sa défense noble et pacifique des droits de l’homme bafoues sous ces année Nixon!
    Respect.

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