Le dopage aux JO.

Posté par bricabraque le 17 août 2008

Le terme dopage vient de l’anglais doping (emploi d’excitants). Dans le sport, le terme désigne l’utilisation de substances ou de procédés qui permettent au corps de dépasser ses aptitudes naturelles.

* Or, le problème du dopage ne date pas d’hier. En effet, le vainqueur du marathon lors des Jeux de Saint Louis (1904), Thomas Hicks utilise cognac et sulfate de strychnine afin d’améliorer ses performances. Dès le début du siècle, le recours à la cocaïne est également fréquent chez les boxeurs pour leurs permettre de mieux supporter la douleur. L’athlète finlandais Paavo Nurmi, qui remporta huit médailles d’or entre 1920 et 1928, allait jusqu’à vanter dans la presse le Rejuven, un produit composé à base d’hormones mâles (la testostérone).

Aux jeux de Rome, en 1960, le cycliste danois Knud Enemark Jensen décède lors du contre-la-montre par équipe, après avoir consommé des amphétamines.
Le dopage est bien sûr interdit par le CIO, mais il reste difficilement contrôlable. Le premiers contrôles sont organisés lors des JO de Grenoble et de Mexico, en 1968. Mais, les spécialistes du dopage semblent toujours disposer d’une longueur d’avance sur ceux qui tentent de l’endiguer.

* Le dopage d’Etat dans le bloc soviétique.

Dans le cadre de la guerre froide, « l’équilibre de la terreur » rend improbable le recours aux armes. Dans ces conditions, l’affrontement se poursuit dans d’autres domaines, comme le sport. Comme l’écrit Patrick Clastres dans son dernier livre (cf sources): »(…) au delà du simple verdict strictement athlétique, chaque protagoniste, qu’il soit athlète soviétique d’Etat ou bien sportif pensionné par une université américaine, contribue plus ou moins consciemment à faire triompher le modèle socio-politique qu’il représente. Dans ces condition, les olympiades auxquels participent les deux grands constituent un enjeu pour les dirigeants des deux camps.

En URSS et dans les démocraties populaires, le recours à un dopage d’Etat est aujourd’hui un phénomène bien connu. Ainsi, les nageuses est-allemande, qui dominent outrageusement les olympiades de 1976 et 1980, bénéficient d’un entraînement d’Etat et reçoivent des traitements hormonaux, en particulier les stéroïdes anabolisants. Dès l’âge de 14 ans, Petra Schneider (médaille d’or du 400 m quatre nages en 1980) a été dopée aux hormones comme elle le reconnaîtra plus tard.

L’équipe est-allemande de natation lors des JO de Moscou.

Certains observateurs affirment même que des grossesses étaient provoquées chez certaines nageuses afin de stimuler leur production d’hormones, avant de subir un avortement.

Lors des jeux de Montréal, en 1976, un véritable laboratoire flottant soviétique, ancré dans le port de la ville, permettait d’ »assurer le suivi médical » des athlètes russes.

* Les scandales aux jeux de Séoul (1988).

Le sprinter Ben Johnson, premier athlète d’une telle notoriété exclu des jeux pour dopage. Avant sa disqualification, sa transformation morphologique surprenait déjà de nombreux observateurs.


- Le plus grand scandale autour du dopage éclate lors des Jeux de Séoul, en 1988. Le sprinter canadien Ben Johnson remporte l’épreuve reine, le 100m et pulvérise le record du monde. Quelques jours plus tard, il est disqualifié après un contrôle positif aux stéroïdes anabolisants.

- L’Américaine Florence Griffith-Joyner remporte avec une stupéfiante facilité le 100m, puis le 200m. Elle met un terme à sa carrière peu de temps après, au faîte de sa gloire. En 1998, elle meurt d’une attaque cérébrale durant son sommeil. Elle n’avait que 39 ans. Si elle ne fut jamais convaincue de dopage, on sait néanmoins que la prise de stéroïdes anabolisants favorise le risque d’attaques cardiaque ou cérébrale.

Florence Griffith-Joyner.

* Les frontières floues du dopage.

Dans un entretien accordé au magasine L’Histoire, Georges Vigarello affirme: »(…) la frontière est si mince entre produits licites et illicites qu’elle peut-être à peine perceptible pour les athlètes eux-mêmes- d’où la difficulté qu’ils ont parfois à dire qu’ils se dopent.

L’une des définitions données au dopage est « l’usage de procédés et substances permettant au corps de fonctionner en dehors de ses aptitudes naturelles ». Mais il n’y a pas d’aptitudes naturelles dans le domaine athlètique! Toutes sont considérablement travaillées, soumises à entraînement, à un appareillage énorme, à un espace qui est tout sauf naturel: rien n’est plus construit que l’espace du stade! De nos jours, le régime auquel l’athlète est soumis est immanquablement, et de plus en plus, médicalisé. »

Marion Jones.

* Plus près de nous, l’athlète américaine Marion Jones, super star des Jeux de Sydney, a du rendre les cinq médailles qu’elle y avait gagné, après ses aveux de dopages, fin 2007. Quant aux athlètes grecs Kenteris et Thanou, ils furent exclus des Jeux d’Athènes, en 2004, pour avoir manqué volontairement un contrôle antidopage.

* Des records jusqu’à quand?

Après avoir étudié plus de 3000 records établis entre 1896 et 2007, l’Irmes (Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du corps) estime que les limites physiologiques de l’espèce humaine seraient atteintes d’ici à une génération. Pour l’Irmes, les records ont été atteints dans 99% des cas, sauf en natation où la qualité du mouvement l’emporte sur les qualités physiologiques. Acceptons en l’augure, mais c’est sans doute sans compter sur les prouesses des dopeurs.
Sources:

- « Jeux Olympiques, ma grande encyclopédie », Milan jeunesse, 2008.

- « La religion des temps modernes ». Entretien de Georges Vigarello pour le magasine Les collections de l’Histoire n°40, juillet-septembre 2008.

- « Bombes atomiques », un article de Nicolas Delesalle dans le Télérama n°3057, consacré au corps.

- Patrick Clastres: »Jeux olympiques. Un siècle de passions. », les Quatre chemins, 2008.

Liens:

* Sur le dopage.fr

- Le dopage et son histoire.

- Histoire du dopage.

- Un TPE sur le dopage sportif.

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