
* Les jeux antiques.
Pour la plupart des historiens, les Jeux Olympiques (JO) remonteraient au IX ou VIII èmes siècle av. J.C. Les jeux sont dédiés aux dieux grecs et se déroulent dans les plaines d’Olympie, à l’ouest du Péloponnèse. Les citoyens grecs (donc libres) peuvent y participer. Tous les quatre ans, les cités grecques mettent entre parenthèses leurs querelles le temps des JO. Cette trêve sacrée permet ainsi aux athlètes et spectateurs du monde grec de se rendre à Olympie. Il s’agissait alors de substituer à la violence meurtrière de la guerre la violence contrôlée de la compétition sportive dans une rencontre pacifique.

L’ancien stade d’Olympie.
Les Jeux sont célébrés jusqu’en 393 après J.C sur ordre de Théodose Ier, l’empereur d’Orient et ‘Occident, ces festivités allant, selon lui, à l’encontre du christianisme, devenu la religion officielle de l’Empire. Deux ans plus tard, le site d’Olympie est ravagé lors d’affrontements entre les Byzantins et les Goths.
* La renaissance des Jeux.
En 1829, des fouilles archéologiques débutent à Olympie sur le site du temple de Zeus. Après une vaine tentative de restauration des JO en Grèce, à l’initiative d’un riche mécène, Evangelios Zappa, il faut attendre les années 1890 pour que l’idée se concrétise.
Lors d’une conférence tenue à la Sorbonne, le 25 novembre1892, le Français Pierre de Coubertin annonce son intention de redonner vie aux JO. Il entend créer un événement international mettant aux prises les meilleurs sportifs de la planète. Une fondation, le Comité Internationale Olympique, doit organiser les premiers jeux.

Pierre de Coubertin.
Coubertin se convertit à l’idée républicaine lors de son passage à l’Ecole libre des sciences politiques autour de 1887. Républicain conservateur, il se méfie du nationalisme exacerbé d’un Boulanger ou d’un Déroulède, mais est tout autant horrifié par l’internationalisme marxiste.
L’olympisme moderne se distingue par une origine différente de son ancêtre grec. Il n’est plus lié à la guerre, mais « au cosmopolitisme et à la démocratie« , selon Coubertin. Il convient de réunir tous les pays et tous les sports sous un seul drapeau. De 1896 à 1925, Coubertin se trouve à la tête du CIO. Au cours des années 1930, il fait des éloges appuyés de l’organisation des JO de Berlin et vante les mérites d’Hitler: » J’admire intensément Hitler. Il est en train de devenir le chef de la nouvelle Europe, et, bientôt peut-être, le chef du nouveau monde qui se lève. » Sénilité précoce, dépit de voir son influence décliner au sein du CIO ou franche admiration du nazisme, quoi qu’il en soit, ses propos suscitent le malaise.
* Les premiers JO de l’ère moderne s’ouvre le 25 mars 1896 à Athènes en mémoire de la tradition antique. 245 sportifs, originaires de 14 nations, s’affrontent dans 9 sports et43 épreuves. Seuls les hommes peuvent participer. Coubertin affirmait ainsi à l’époque: »Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Le véritable héros olympique est, à mes yeux, l’adulte mâle individuel. Les Jo doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs. »
Cette première édition remporte un succès inespéré et permet donc d’envisager la tenue d’autres JO.
* Le rôle du Comité International Olympique (CIO).
Fondé en 1894 par Coubertin, le Comité international des Jeux Olympiques (devenu Comité International Olympique en 1896) est l’organe directeur du Mouvement olympique; il ne dépend d’aucun gouvernement. L’organisation détient tous les droits qui touchent les JO et les symboles (devise, drapeau, hymne), ce qui la met à la tête de ressources considérables. Elle a pour tâche d’organiser les JO d’été et d’hiver. Depuis son siège de Lausanne, le CIO valide les disciplines olympiques.
Le CIO dispose de ressources très importantes qui en font une organisation puissante. Ses deux principales ressources restent les droits payés par les chaînes de télévisions pour diffuser cet événement ainsi que des partenariat avec de grandes entreprises.

Le CIO à Lausanne (Suisse).
L’organisme est extrêmement controversé et fait l’objet de nombreuses critiques: manque de transparence, immobilisme, corruption…. En effet, la désignation des villes organisatrices, mises en compétition avec des concurrentes redoutables, favorise la corruption: un scandale éclate fin 1998 à propos de l’attribution des Jeux à Salt Lake City. Depuis, le CIO a créé une commission d’éthique, dont il est bien sûr le seul responsable…
D’autre part, il s’agit d’une institution très peu démocratique dont les membres sont recrutés par cooptation. Patrick Clastres, dans un entretien accordé au magasine L’Histoire (voir sources), » le CIO a tiré profit de la Guerre froide: dès 1946, il donne des gages d’ancrage à l’Ouest, et en échange, il évite une épuration systématique ». Ainsi le nazi Karl Ritter von Halt est réintégré dans l’organisation dès 1951. François Piétri, ancien ministre de Pétain, condamné par contumace, bénéficie d’une mesure de clémence dès 1948. L’Américain Avery Bundage, président du CIO de 1952 à 1972, était un grand admirateur des nazis et un raciste déclaré. Sans parler du franquiste Juan Antonio Samaranch qui devint président du CIO en 1980.
Elle dispose d’un statut d’organisation non gouvernementale de droit privé suisse.

L’idéal olympique selon le CIO d’après ses détracteurs (Samaranch dans l’anneau noir, président du CIO de 1980 à 2001).
Surtout, l’organisme s’avère incapable de préserver les idéaux olympiques dont il a une conception à géométrie variable en fonction des événements et de ses interlocuteurs (voir l’attitude louvoyante lors de la répression des autorités chinoises au Tibet). A l’origine, les JO étaient réservés aux amateurs , or aujourd’hui, les JO sont un spectacle extrêmement rentable et le CIO semble avant tout privilégier la logique commerciale .
* Les symboles olympiques.
- Les cinq anneaux entrelacés du drapeau olympique symbolisent les cinq continents unis par l’olympisme. Le drapeau flotte pour la première fois aux JO d’Anvers en 1920.
- L’hymne à Appolon découvert lors des fouilles de Delphes en 1893, mis en musique par Gabriel Fauré, devient le premier hymne des JO avant d’être remplacé, en 1960, par celui composé par les Grecs Samaras et Palamas.
- La flamme. L’origine de la flamme remonte aux Jeux de l’antiquité en Grèce. Au sanctuaire d’Olympie, là où se déroulaient les Jeux de l’Antiquité, une flamme brûlait en permanence sur l’autel de la déesse Hestia, divinité du feu sacré et du foyer. La vasque était située dans le Prytanée, un bâtiment utilisé pour les grands banquets offerts aux athlètes à la fin des compétitions.

C’est en 1928 que la flamme olympique refait son apparition, sans lien avec la tradition antique. Le relais en lui-même de la flamme est une invention nazie. Carl Diem, le président du comité d’organisation des JO de Berlin en Allemagne, le pays est dominé par le parti nazi depuis l’accession d’Hitler au pouvoir, propose d’allumer la flamme à Olympie en Grèce puis de la transporter jusqu’à la capitale allemande via un relais organisé avec des porteurs se succédant régulièrement. Il n’a pas de mal à convaincre Goebbels, le chef de la propagande nazie à qui ce rituel ne pouvait que plaire. Les Nazis adoraient la mythologie païenne et voyaient la Grèce antique comme l’ancêtre aryen du Troisième Reich.
En 2008, à l’occasion des JO de Pékin, le CIO décide que la flamme traverserait tous les continents, afin de mieux symboliser l’universalité.
* La charte olympique.
Elle codifie les principes fondamentaux, règles et textes d’application qu’adopte le CIO Et notamment les conditions d’organisation et de célébration des Jeux. Ce document de référence rappelle les valeurs associés à l’olympisme. Ainsi: »Le mouvement olympique a pour but de: promouvoir le développement des qualités physiques et morales qui sont les bases du sport; éduquer par le sport la jeunesse, dans un esprit de meilleure compréhension mutuelle et d’amitié, contribuant ainsi à construire un monde meilleur et plus pacifique (…). Aucune discrimination n’y est admise à l’égard d’un pays ou d’une personne pour des raisons raciales, religieuses ou politiques (…). » Les Tibétains et les Ouïgours apprécieront tant la réalité du mouvement olympique s’éloigne souvent de ces valeurs.
Pierre de Coubertin, lucide affirmait d’ailleurs lors de sa tentative de renaissance des JO:« L’athlétisme peut mettre en jeu les passions les plus nobles comme les plus viles; il peut développer le désintéressement et le sentiment de l’honneur comme l’amour du gain; il peut être chevaleresque ou corrompu, viril ou bestial; enfin on peut l’employer à consolider la paix aussi bien qu’à préparer la guerre ».
Sources:
- « Jeux Olympiques, ma grande encyclopédie », Milan jeunesse, 2008.
- » La face cachée du CIO » entretien avec Patrick Clastres, in Les Collections de L’Histoire, juillet-septembre 2008.
- Les archives du Monde 2 n °222: « Les JO: y aller ou pas? », Le Monde du 17 mai 2008.
- A. Arvin Bérod: »Un olympisme à géographie variable. » in La Géographie N°3, été 2008.
Lien:
- Jeux olympiques et politique.
- Les JO de Pékin et le Tibet.
- Le site officiel du mouvement olympique (la légende dorée, à consultée avec un esprit critique aux aguets).
- L’international society of olympic historians.